Archive | mai, 2013

Le gouvernement tunisien, sur la voie du changement ?

23 Mai

Ennahda, le parti majoritaire au Parlement semble prendre ses distances avec les salafistes

Le gouvernement tunisien lève l’ambiguïté sur ses relations avec les djihadistes. Le parti Ennahda, majoritaire au pouvoir, semble déterminé à lutter contre les islamistes extrémistes, qualifiés désormais de « terroristes ». Ennahda a longtemps laissé planer le doute sur ses intentions envers les partisans de la Charia. Les affrontements entre les forces de l’ordre et les partisans d’Ansar al-Charia dimanche 19 mai ont montré un nouveau visage du gouvernement,  prêt à l’affrontement pour le respect de la loi et de l’Etat.

Confronté à des bandes armées affiliées à Al-Qaida à la frontière algérienne, à des menaces de « guerre » de la part d’Ansar al-Charia (les partisans de l’instauration de la Charia), le gouvernement a choisi de durcir le ton. C’est dans cette optique que le ministre de l’Intérieur, Ali Larayedh,  a interdit le rassemblement de la mouvance islamiste prévu le 19 mai à Kairouan. Ne reconnaissant d’autorité que celle de dieu Ansar al-Charia a maintenu le rassemblement, le déplaçant dans les quartiers pauvres de Tunis. Les affrontements qui en ont résulté a entrainé plus de 200 interpellations et la mort de deux jeunes gens. Les dirigeants islamistes d’Ennadha justifient l’usage de la force contre les salafistes pour faire respecter la loi et l’autorité de l’Etat. Des responsables de l’opposition laïque, d’ordinaire très critiques ont salué la fermeté du parti.

Samir Dilou, membre du bureau exécutif du part...

Samir Dilou, membre du bureau exécutif du parti Ennahda (Photo credit: Wikipedia)

Samir Dilou, ministre des Droits de l’Homme, reconnait qu’il y a un changement de ton de la part du gouvernement : « Le gouvernement a été laxiste. Je pense que la montée de la violence salafiste est le principal défi des mois à venir ». Le gouvernement tente de combattre les djihadistes dans les montagnes de l’Ouest tunisien mais les moyens sont limités et les pertes importantes. Cependant, reste à savoir si des actes politiques suivront les propos tenus par le gouvernement. En effet, en septembre 2012, après les attaques de l’ambassade américaine par des salafistes, une grande majorité des personnes interpellées avaient été libérées.

Pour Michael Ayari de l’International Crisis Group, la politique de répression engagée par le gouvernement  pourrait se retourner contre lui et ne pas résoudre la question du terrorisme. « Le mouvement a réuni tous les déçus de la révolution et toute politique sécuritaire doit s’accompagner d’une politique sociale » selon M. Ayari.  En effet, le phénomène djihadiste se développe dans les zones pauvres. Par ailleurs, tout comme durant le régime de Zine Abidine Ben Ali, le chômage et la pauvreté  continuent à miner la Tunisie et la répression aveugle était aussi l’arme de l’ancien dictateur.

Le chemin vers la démocratie, la liberté de penser et de protester est encore long. L’emprisonnement d’Amina (jeune tunisienne membre de l’organisation féministe Femen)  pour vandalisme et exhibition est selon l’organisation une « une répression politique grave en réponse à ses actions féministes anti-islamiques et anti-charia ». La jeune femme a osé manifester pour le droit des femmes tunisiennes en exhibant ses seins sur sa page Facebook, et en écrivant Femen sur le mur d’une mosquée de Kairouan pour manifester contre Ansar al-Charia. Amina risque plus de deux de prison pour avoir voulu protester.

Syrie : Pourquoi personne n’intervient ?

13 Mai

Avec 70 000 morts et 5 millions de déplacés, le conflit syrien s’enlise sans que les puissances occidentales n’interviennent pour stopper Bachar al-Assad

 

La guerre civile entre les rebelles syriens pro-démocratiques et les troupes de Bachar al-Assad fait état de plus de 70 000 morts depuis trois ans. La question qui se pose est de savoir pourquoi la communauté internationale n’envoie-t-elle pas des troupes comme elle a pu le faire en Libye.  La  Syrie est dirigée par Bachar al-Assad, membre d’une minorité musulmane, les alaouites. Le régime très peu démocratique est soutenu par la Russie, la Chine et l’Iran. Or les russes et les chinois, membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, s’opposent à l’adoption d’une résolution permettant une intervention militaire étrangère.

La situation est plus complexe qu’en Libye et plus risquée. Tout d’abord, le pays abrite le leader des mouvements terroristes palestiniens, le Hamas. La Syrie est alliée de l’Iran et du groupe islamo-terroriste libanais, le Hezbollah. Damas a donc le pouvoir de nuire et de déstabiliser toute la région. Par ailleurs, contrairement à Mouammar Kadhafi, le président syrien détient encore des soutiens internationaux. La Chine et la Russie s’opposent à l’ingérence de pays étrangers dans les affaires internes d’un autre. De plus, la Russie est un allié économique et militaire du régime. Moscou possède des bases sur le territoire syrien et livre des armes au gouvernement. Les deux pays avaient donné leur accord pour une petite intervention de protection des civils en Libye qui s’est très vite transformé à leur dépend en intervention internationale.

L’offensive en Libye reposait sur des bombardements aériens, ce qui présentait moins de risque pour les troupes occidentales et des dépenses moindres puisque les avions de chasse décollaient de bases ou de porte-avions à proximité du continent européen. La Syrie est plus loin que la Libye et mieux armée que celle-ci.  Bachar al-Assad possède des armes sophistiquées comme des missiles anti-aériens et des armes chimiques ainsi qu’une armée solide et fidèle.

La peur de l’islamisme

L’Europe, Israël et les Etats-Unis se plaignent du veto chinois et russe mais craignent les conséquences d’une intervention. Ils redoutent par-dessus tout le changement de régime. Celui de Bachar al-Assad semble moins terrible qu’un nouveau régime islamiste, propice aux terroristes, qui n’hésiterait pas à déclarer la guerre à l’Etat hébreux. De plus, s’il est de plus en plus contesté, le dictateur continue de bénéficier du soutien en interne de la minorité alaouite et des chrétiens qui redoutent également l’instauration d’un régime islamiste. Par ailleurs, les occidentaux redoutent un scénario comme celui de la Tunisie ou de l’Egypte où les partis islamistes ont pris le pouvoir par les urnes ou tentent de déstabiliser le gouvernement en place. En effet, tout comme dans ces pays, la rébellion syrienne est très peu organisée politiquement. Bien que se déclarant laïque, beaucoup de groupes islamiques la compose, soutenue par l’Arabie saoudite trop contente d’installer un régime allié obéissant à la charia  Cependant, plus le conflit s’enlise plus les islamistes radicaux s’implantent au sein de la population fatiguée de l’impuissance internationale.

D’autre part, si une intervention étrangère réussissait à faire tomber le régime de Bachar al-

English: SOCHI. With President of Syria Bashar...

English: SOCHI. With President of Syria Bashar al-Assad. Русский: СОЧИ, БОЧАРОВ РУЧЕЙ. С Президентом Сирии Башаром Асадом. (Photo credit: Wikipedia)

Assad, l’expérience en Irak et en Afghanistan a montré qu’une victoire ne signifiait pas la fin des problèmes. Tout comme dans ces pays, l’OTAN ou toute autre mission internationale devrait rester sur place pour plusieurs mois voire plusieurs années pour stabiliser la région. Cette éventualité est loin de faire l’unanimité auprès des occidentaux comme les Etats-Unis déjà embourbés dans plusieurs conflits. En somme, la communauté internationale, en guerre contre le terrorisme, semble ne plus avoir le choix entre la liberté des peuples et le combat contre les islamistes extrémistes.

Interview Pierre Servent, journaliste spécialiste des questions militaires, auteur et ancien conseiller en communication auprès du ministre de la Défense

5 Mai

Interview réalisée pour mon mémoire début 2012: Y-a-t-il une crise de la diplomatie et de la Défense française

  • Quel est le budget alloué à la Défense ? Quel est-il comparé à un pays comme les Etats-Unis ou l’Allemagne ?

Le budget 2012, discuté en Conseil des ministres est d’environ 32 milliards d’euros, sans compter les pensions versées aux militaires retraités. Les Etats-Unis sont très loin devant les autres, de mémoire, ils doivent représenter presque 50% de toutes les dépenses militaires. En Europe, les deux pays qui consacrent une grande part au budget défense, sont la Grande Bretagne et la France. Au sein des 27 pays de l’Europe les deux pays doivent représenter 50% de tout l’effort militaire de l’Europe. L’Allemagne doit arriver en 3ème ou 4ème position. L’Italie a un budget important mais est loin derrière celui de la France et de la GB.

  •  Est-ce suffisant pour assumer une politique étrangère volontariste ? Une présence militaire française dans plusieurs pays ?

C’est une bonne question. C’est l’éternel problème des ambitions et des moyens qu’on se donne. La France a une diplomatie d’action militaire qui est assez ambitieuse. Membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, elle a une responsabilité assez particulière, comme les autres membres. La France est une puissance nucléaire, elle est d’ailleurs la seule avec la Grande Bretagne en Europe. Le budget nucléaire représente 20-25% du budget défense, c’est donc très lourd. Ce qu’on constate ces dernières années c’est qu’il y a une baisse assez régulière du budget et des effectifs de la défense. Pour autant les missions, les opérations extérieures ne diminuent pas. Cette année notamment, (l’année 2011) est une année exceptionnelle où l’on a eu une explosion d’activités militaires, en plus des théâtres d’opération où la France est déjà présente, type Afghanistan ou Liban. La Côte d’Ivoire et la Lybie sont venus s’ajouter aux opérations extérieures en cours. Si bien que dans le budget 2012, la partie consacrée aux opérations extérieures (800 millions d’euros étaient prévus l’année dernière) est passée à 1.2 milliards d’euros. Alors effectivement certaines personnes peuvent se poser des questions sur les moyens des ambitions de la France, dans la mesure où une armée moderne a besoin d’une gamme complète d’équipement des rangers au satellite d’observation en passant par le nucléaire. Il faut des hélicoptères de combat, des avions de combats, des avions ravitailleurs, des drones… En descendant plus vers le sol, le soldat moderne doit s’équiper de ce qu’on appelle dans l’armée de terre le système félin, c’est-à-dire un équipement ultra moderne du fantassin. Le soldat doit avoir une capacité de transmission, une capacité de voir au loin grâce aux mini-drones. Porté au bras du soldat, un écran permet d’orienter ce petit avion sans pilote, de voir ce qui se passe de l’autre côté d’une colline, d’une fortification. Autres avancées technologiques, le fusil à tirer dans les coins, un vieux rêve qui aujourd’hui fait partie de cet équipement ultra moderne. Les caractéristiques de ces armées modernes, est de chercher à avoir à peu près tout pour faire face à des crises très différentes qui peuvent être de faibles ou de fortes intensité. Or, tout ça, ça coute très cher et certains se demandent si la France n’a pas un peu trop taillé dans ses budgets défense. Certains pointent du doigt le fait que l’on ait plus qu’un porte-avion nucléaire. Ce qui fait que quand il est en réparation, ce que les marins appellent l’IPER (Indisponibilité Périodique pour Entretien et Réparations), la France ne dispose plus de cet outil militaire. On a également supprimé certains types d’armements pour faire des économies, du type missiles pour détruire des radars, qui nous a manqué pour la campagne de Lybie. Dans la mesure où l’on est confronté à un monde incertain, il faut que le chef des armées, le président de la République, soit face à un clavier comme un organiste, qui est le maximum de touches blanches et noires pour qui puissent composer une musique militaire adaptée à chaque chose. L’inquiétude qu’ont certains militaires et certains observateurs extérieurs c’est qu’à force de rônier, de diminuer le budget les moyens vont finir par manquer cruellement. La France a cependant encore un bon niveau, elle l’a prouvé cette année en Lybie. L’armée de terre, la marine et l’armée de l’air ont été engagées avec succès, sans aucunes pertes. Il y a encore un outil très robuste. Mais certains craignent qu’à force de raboter les touches du clavier, de les faire disparaitre, des couacs finissent par arriver. C’est un peu l’avenir qui dira si on est au niveau ou pas. Pour résumer il y a un outil militaire qui est encore consistant, très solide, avec cependant, des trous et des manques. C’est pour ça que pour certaines opérations, on a besoin de l’OTAN et des américains qui viennent apporter un concours pour compenser certaines faiblesses. Encore une fois la France et la GB sont des pays qui cherchent vraiment à assumer leur responsabilité. Beaucoup d’autres pays le font difficilement ou ne le font pas parce que ça coutent de l’argent, s’engager dans des opérations c’est prendre des risques. Dernier point, l’armée française a pas mal de soldats en opérations extérieures, entre 15 000 et 20 000 hommes en permanence, en fonction des époques, ainsi que des bases permanentes. La France a beaucoup de soldats à l’extérieur parce que la communauté internationale, l’ONU, fait souvent appel à la France. Les soldats français ont en effet, une bonne réputation, ils sont professionnels et aptes à faire face à des situations très complexes. Ces dernières années nous ne sommes pas confrontés à des guerres classiques, front contre front, Etat contre Etat. Ce sont des situations assez baroques, assez glissantes, mi- guerre, mi paix contre des civils armés, des miliciens… Au milieu des populations. Face à ça il faut, et c’est important dans le budget, des bonnes formations, des soldats qui ont de la finesse, du jugement, de la capacité à résister à la pression et à des spectacles qui sont parfois assez difficile à vivre. (Documentaire sur France 2, soldats qui se sont filmé en opération) Quand on voit le cadavre de gars qui se sont fait sauter, quand ils racontent comment ils sont allés chercher les restes de leurs camarades américains. Il faut arriver à faire face à tout ça.

  • Est-ce qu’il y assez d’engagés dans l’armée de nos jours ? Maintenant qu’il n’y a plus de service militaire, ce sont des volontaires. Est-ce suffisant pour supporter l’effort militaire actuel ?

Il y en a assez. L’armée, notamment l’armée de terre doit être le premier recruteur de France. Parce qu’une armée professionnelle c’est une armée qui tourne. Il y a d’ailleurs beaucoup plus de CDD que de CDI dans l’armée. Ce qui surprend, c’est de voir des jeunes de 22, 23 ans (référence documentaire France 2, C’est pas le pied la guerre). Mais il faut des jeunes dans l’armée. Quand on est en Afghanistan, qu’il faut porter 40kg d’équipement, qu’il fait 43°, donner l’assaut sur une colline, à 57 ans je peux plus faire ça.  Nécessairement c’est une armée jeune dont la France a besoin. L’armée remplit ses objectifs. Quand elle doit recruter chaque année tant d’EVAT (engagés volontaires de l’armée de terre) elle les trouve. Mais ce qui est vrai, c’est que l’armée aimerait avoir plus de candidat. Si vous ouvrez un poste et que vous avez un candidat, vous n’avez pas de choix. Si vous ouvrez un poste et que vous avez 8 candidats, vous pouvez les sélectionner et prendre le meilleur des 8. La tendance de ces dernières années, c’est un peu un tassement du nombre de jeunes allant vers l’armée parce que c’est difficile, parce que dans les opérations il y a des morts, en Afghanistan il y a 76-77 morts aujourd’hui. Ca refroidit beaucoup de jeunes. Il y a aussi le problème des copines, des compagnes, des épouses. L’Afghanistan c’est 6 mois, donc il faut être capable, dans une société où il n’y a pas vraiment de contraintes de ce genre, cette contrainte de séparation et d’inquiétude. C’est une pression supplémentaire pour les candidats éventuels. Par ailleurs, la jeune génération est habituée à pouvoir surfer comme elle en a envie, a jouir d’un degré de liberté très importante. C’est la génération internet, la « digitale native ».  . Les britanniques qui ont une armée professionnelle depuis plus longtemps que nous, ont plus de problèmes que nous. Ils sont souvent obligés de recruter des gens qui viennent des banlieues, qui sont un peu paumés,  qui vont vers l’armée parce que les parents leur donnent un coup de pieds dans leur derrière. Ce qui n’est pas toujours simple, même si ces engagés peuvent faire de très bon soldats, il y a un risque. Petite digression sur les problèmes générationnels. Un jeune EVAT, dans sa chambrée, ne sait pas faire un lit, parce qu’il a été habitué aux couettes, faut qu’ils apprennent à faire un lit, c’est un détail. Une évolution que je trouve très intéressante, dans les sous-marins nucléaires (qui sont en immersion pendant 70 jours pour assurer la permanence de la dissuasion nucléaire), il y a 20-30 ans quand je discutais avec des membres d’équipage ou des PACHA (les commandants des sous-marins nucléaires) ils me disaient ce qui était difficile pour les jeunes c’est la cigarette, pas fumer pendant 70 jours. Aujourd’hui, quand je discute avec eux ce qui est dur aujourd’hui c’est qu’ils ne peuvent pas aller sur Facebook, sur Twitter… et c’est comme si on les privait de cigarettes, ils sont en manque et donc ils souffrent. C’est un problème générationnel assez nouveau.

  • Est ce que la formation est suffisante en France ?

Je pense que oui. Il y a une tradition militaire en France. A l’époque du service militaire, c’était surtout la légion étrangère ou le groupe de marine qui partait en opération militaire. Aujourd’hui tous les régiments, toutes les unités tournent en opérations extérieures. Aujourd’hui, quand on rencontre un soldat, quelque soit son arme et son unité, il porte des décorations qui montrent qu’il est parti en opérations extérieures (Bosnie, FINUL…). Ca c’est l’expérience c’est important. Les formations sont assez solides. Il y a une adaptation au théâtre d’opération. En Afghanistan, il est clair que la formation, après la mort de 10 soldats en août 2008, a été vraiment intensifiée. Par ailleurs, le séjour sur zone a été rallongé parce que ça permet aux soldats d’acquérir plus de maturité sur le terrain, plutôt que de les faire repartir au bout de trois mois une fois qu’ils se sont acclimatés au meilleur de leur outil militaire. Pour l’Afghanistan par exemple il y a une formation de 6 mois en France avant de partir. Elle est très adaptée parce que ceux qui partent savent que c’est leur vie qu’ils jouent. Les soldats qui partent savent que ce qu’ils répètent leur serviront : l’entrainement, la mise en situation, le déploiement dans des sites urbains, les contrôles de zones, les contacts avec la population, les premiers soins à donner, l’acclimatation à la chaleur, très important pour la portance des aéronefs. Il n’y a pas de femmes infirmières d’ailleurs dans les équipes de contacts parce qu’elles ne peuvent pas sortir un homme d’un véhicule en feu sous le feu des talibans, qui fait avec son équipement 120kg. La formation est très importante, l’expérience acquise par ces soldats l’est tout autant, au fur et à mesure de leurs expériences professionnelles. C’est pour ça encore une fois que l’armée française est une armée reconnue et elle l’a montré en Lybie.

 

  • Avec cette génération internet (Facebook, Twitter…) est ce que c’est un danger ou une opportunité pour l’armée de faire connaitre la réalité du terrain  à la population?

C’est une question d’actualité. La tendance de notre société c’est une sorte de privatisation de la guerre. Le jeune soldat emmène avec lui des tas de moyens de communication, il va en quelque sorte privatiser ce qu’il est en train de vivre. C’est l’exemple du documentaire, diffusé sur France 2. A une époque, les soldats pouvaient avoir des téléphones portables sur eux en mission. Ils pouvaient prévenir leur famille de ce qui se passait. Aujourd’hui, le téléphone portable est interdit car cela posait des tas de problèmes. En effet, la famille, contacté par un soldat, pouvait prévenir d’autres familles (et ainsi de suite) avant que le chef de corps, qui était resté en France sache ce qu’il s’était passé. Internet pose également problème, car il y a un risque d’évasion d’informations.

Le fait par exemple de faire circuler des photos peut poser problème. Lors de missions, il y a des photos qui sont classifiées secret défense et il y a celles que prennent les jeunes soldats. Les photos étaient toutes mises sur l’intranet de l’unité ou de l’état-major et pouvaient être récupérées à la fin du séjour sur une clé USB. En théorie, les photos classées confidentielles étaient filtrées, mais en réalité, n’importe quelle personne qui avait participé à une opération extérieure pouvait partir avec  tous les clichés. Or, comme les jeunes générations sont sur les réseaux sociaux, il y a toujours un risque de déperdition.

Cette entrée de l’image dans la guerre, cette instantanéité est un fait de société. C’est un vrai souci pour l’armée, pas seulement parce qu’il y a des choses qu’elle n’a pas envie de montrer, mais aussi parce que ça peut poser des problèmes sur l’identification de certains soldats en particulier pour des unités comme les forces spéciales. On a connu des cas en Bosnie où des réseaux serbes avaient reconnu, suite à la diffusion de photos sur internet, tel ou tel militaire et ciblaient leur famille. Il y a des risques en termes de sécurité, de divulgation d’informations, de secrets militaires sur le matériel militaire. A une époque, les américains avaient découvert au sein d’une cellule terroriste une documentation extrêmement précise sur un de leurs avions. Ils se sont d’abord dit qu’il s’agissait d’un travail d’espion… En fait, ils se sont rendus compte qu’il n’y avait aucun travail d’espionnage, que les terroristes avaient surfer sur le net, sur des chats, des sites… de passionnés de tel ou tel avion, dans lesquels il y a d’anciens pilotes, qui mettaient à disposition des plans très détaillés de tel ou tel avion.

Le portable est donc interdit en opération aujourd’hui. En revanche, il est autorisé à la base, pendant 6 mois, c’est un lien très important avec la famille. Aujourd’hui, il y a des procédures pour mieux encadrer l’utilisation d’internet. Les chefs d’état-major se sont mis au diapason, en aillant leur propre blog. L’armée s’est convertie, mais les NTIC restent un vrai danger. On a vu, et c’est un effet générationnel, des images de soldats dans leurs actions de guerre, mélangeant à la fois la réalité et une espèce de jeu. Ces images donnent les moyens aux civils de se rendre compte de la réalité très complexe de la guerre. Le soldat a besoin de créer une distance parce qu’il risque sa vie, mais aussi parce que ce qui se passe n’est pas très beau à voir. Il ne faut pas oublier que ça se passe au milieu des populations. D’où une certaine ironie, une certaine vulgarité que l’on retrouve dans d’autres métiers où il faut supporter une certaine pression. Le fait d’avoir des images à chaud, du moment qu’on fait attention à ce que l’on sort, donne un résultat intéressant, un certain éclairage, un reflet de la réalité. Ma conclusion, c’est que l’armée doit être beaucoup plus ouverte à la diffusion de ses propres images, à l’intégration de journalistes professionnels dans missions pour ne pas avoir des prises sauvages. Il y a une frilosité de l’armée française vis-à-vis des journalistes. Les britanniques font beaucoup appel aux « embaded ». On voit des reportages sur la BBC, de très bons reportages avec les mêmes problèmes que soulève le documentaire de France 2 : les transmissions qui ne marchent pas, les talibans qui vous tirent dessus sans qu’on sache où ils sont, les appuis aériens qui vous tirent dessus… Ils sont complètement intégrés dans l’unité, ils vivent dans les mêmes conditions pendant un mois. Malheureusement, il y a une véritable frilosité de l’armée et du politique en France ; moins on en parle et mieux on se porte. C’est une erreur parce que dans une démocratie les français ont le droit de savoir ce que vivent leurs soldats, dans la mesure où on leur explique les choses.

  •  La France a-t-elle les moyens militaires de sa politique étrangère ?

La France a les moyens militaires d’une intervention comme celle de la Lybie, le problème est dans la durée. Il y a certes, des faiblesses structurelles chez les européens, pas d’avions ravitailleurs, de drones ou encore de missiles de croisière. Mais l’armée française est très capable.

La France est intervenue seule en Lybie, 24h avant tout le monde. Quand les avions français sont partis de Saint-Dizier, on leur avait dit que les blindés de Kadhafi étaient à 35km des premières habitations de Bengazi. Cette précaution devait permettre aux avions français de tirer sur les blindés sans risquer de pertes civiles. Or quand ils sont arrivés, les blindés étaient à 15km des faubourgs. Les américains ne seraient jamais intervenus dans ces conditions, leurs protocoles étant très stricts. Ils doivent en effet, avant toutes opérations au sol détruire les systèmes ennemis, les radars, les missiles solaires. Une fois qu’ils ont nettoyé la zone, brouiller les systèmes de communication, qu’ils ont fait le ménages, ils attaquent au sol. Mais,  les français y sont allés. Ce qu’il faut savoir, c’est que même avec un armement précis, pour tirer avec plus de précisions les avions doivent descendre, et donc être à porter de tir. La France a prouvé dès les premières heures de cette campagne en Lybie qu’elle avait les moyens de sa politique étrangère.

Il est vrai que les européens (et les Emirats Arabes Unis) ont eu besoin de l’OTAN, de certains moyens américains, comme des avions ravitailleurs ou des drones car ils en sont déficitaires. Il faut cependant rappeler que la France a les moyens de s’engager, avec les britanniques. Ils sont d’ailleurs les seuls en Europe à pouvoir le faire.

La France a, en effet, fait intervenir en Lybie l’armée de l’air, l’ALAT (Aviation Légère de l’Armée de Terre), la marine et l’aéronavale et peut être les forces spéciales. De plus, on ne dénombre aucune perte : aucun avion, hélicos, aucun homme. Certains vont dire que ça été facile. Ça ne l’était pas, les hélicos, par exemple, descendent très bas et sont vulnérables aux tirs des troupes de Kadhafi.

Dans l’opération américaine pour tuer Ben Laden, les forces spéciales américaines ont perdu un hélico avant l’assaut. Il était tombé en panne. On imagine bien que pour une mission de ce style, les hélicos avaient été passés au coton tige ! Mais les opérations c’est cela, tout est imprévisible.

C’est donc tout à l’honneur des français et des anglais qui n’ont pas eu de pertes. Tout cela prouve que la France a les moyens militaires de soutenir sa politique étrangère.

En Côte d’Ivoire, l’ONU a fait appel aux français pour soutenir Ouattara et  ils ont fait un travail remarquable en appui de l’ONUSI pour le rétablissement du processus démocratique suite aux élections présidentielles. Surtout l’armée de terre, les forces spéciales et une partie gendarmerie, le GIGN pour l’ambassade de France. Il ne faut pas oublier qu’il s’agissait d’un contexte difficile, avec des enjeux politiques énormes et des marges de manœuvre étroite.

La France a encore les moyens, mais si elle continue, à baisser les effectifs, à tailler dans le budget, elle n’aura bientôt plus que l’os à ronger. Selon certains représentants de l’armée, certains savoir-faire sont en train de se perdre parce qu’il y a des problèmes d’argent et d’entrainement. Une des difficultés pour les soldats en formation, c’est souvent le décalage entre les conditions en opérations extérieurs et les conditions en métropole. Les meilleurs matériels sont utilisés en opérations extérieurs, alors en métropole, dans les casernes les gens s’ennuient. Ils ont le sentiment de monter des manœuvres avec deux bouts de ficelles… Il y a eu un grand changement dans l’armée de terre. A mon époque, je suis sapeur de génie, dans mon régiment comme dans les autres, on avait son équipement, on avait tous les véhicules à dispositions. Aujourd’hui ça n’existe plus parce que fautes de moyens on rationalise le matériel. Il y a celui qui est employés en opérations extérieures et celui qui est en réparation. Il ne reste plus que des parcs d’entrainement avec une mise en commun du matériel et des véhicules pour s’entrainer.

Le matériel est de plus en plus sophistiqué, ça coûte de plus en plus cher à l’achat et à l’entretien. Entre l’entretien d’un Tigre qui est une bête d’informatique et d’une Gazelle le coût horaire d’entretien est de 1 à 10 euros. Avec toutes ses dépenses, on arrive vite à 30 milliards d’euros de budget. Tant que ça se passe bien l’opinion publique n’a rien à redire au montant du budget, même en temps de crise. Mais s’il y a un coup de Trafalgar, les français demanderont pourquoi on n’a pas tel ou tel équipement ou telles mesures de sécurité. Néanmoins, ce n’est pas pour autant qu’on va avoir des gens qui défilent dans les rues pour avoir plus d’argent pour la Défense.

  • Combien a coûté l’opération en Lybie ? Comparé à la guerre en Afghanistan ?

Chaque opération est différente et dépend du matériel que l’on engage. Plus on envoie des missiles de croisière, (entre 800 000 euros et un millions l’unité), plus on engage des avions qui consomment, du personnels, des porte-avions plus ça coûte cher, c’est certain. La France se donnait comme enveloppe, par an, pour les opérations extérieures, entre 700 et 800 millions d’euros. Cette année elle est passée à un 1.2 milliards d’euros parce qu’en effet, la Lybie nous a coûté 300 millions d’euros pour 6 mois. VOIR SUR SITE POUR MONTANT DES OPERATIONS. La Lybie a du coûté plus que l’Afghanistan parce qu’on a engagé plus de moyens, plus d’aéronefs, de porte-avions… Rapporté à un mois d’opération, la Lybie a surement coûté plus cher que l’Afghanistan.

  • Quelles sont les conséquences de la baisse du budget pour l’armée française et à plus large spectre pour la diplomatie française ?

Je pense qu’il n’y a pas de conséquences pour le moment. Le budget défense a baissé. La dernière réforme c’est moins 54 000 hommes, en particulier sur le soutien administratif et peut être moins 70 000 avec l’externalisation de certains postes et le passage du personnel militaire au personnel civil. On peut s’en inquiéter dans un monde qui est de plus en plus incertain. La machine ne peut remplacer les hommes, c’est indéniable. Cependant, quand on compare, les britanniques ont supprimé pas mal de chose, taillé dans leur budget, ils n’ont plus de porte-avions et ils nous regardent avec envie pour plusieurs raisons.

Dans la capacité de la France a pesé sur la scène internationale, dans la diplomatie mondiale, je ne vois pas d’affaiblissement de la diplomatie française due à un affaiblissement de sa capacité militaire. Sur la Lybie, c’est Alain Juppé qui s’est battu devant l’ONU pour déboucher sur une résolution pour un engagement militaire dans le pays, en évitant le veto de la Chine et de la Russie. La diplomatie française et la diplomatie britannique dans une moindre mesure, a su impulser un certain nombre de choses, sans que les coupes dans le budget défense n’est pu changer quoi que ce soit. Il y a eu des doutes de certains sur la diplomatie française, notamment avec les débuts calamiteux de la France dans le processus des révolutions arabes. Il y a eu une série de défaillance, des gaffes. Cela n’a rien à voir avec la défense mais plus avec des problèmes de casting.

  • On va, dans l’idéal, vers une Europe Fédérale, comment l’armée française peut-elle s’adapter à une certaine européanisation de la politique française ?

Je ne suis pas tout à fait d’accord avec cette idée. La tendance actuelle est plutôt vers une dislocation de l’Europe. On l’a vu en Lybie, l’abstention de l’Allemagne est une vraie catastrophe. C’est une vraie erreur politique d’Angela Merkel.

Je plaide pour un axe militaire Paris-Berlin. L’Allemagne pourrait retrouver cette tradition militaire au profit de l’Europe, qu’elle avait bien avant le 3ème Reich, notamment pour répondre au problème budgétaire que nous avons tous. L’Allemagne, étant un pays qui fonctionne bien économiquement, pourrait apporter un potentiel militaire supplémentaire à l’Europe, avec une volonté d’intervention plus forte. Pour la Lybie, l’Allemagne a dit on ne vote pas parce qu’il y a eu l’Africa Corps, c’est n’importe quoi. C’est une fausse excuse en 2011, la situation n’a plus rien à voir, il n’était pas question d’envahir le pays.

Je ne pense pas qu’on va vers une Europe Fédérale. On pourrait le souhaiter. On pourrait souhaiter des Etats-Unis d’Europe avec une diplomatie européenne. Il y a cependant des avancées sur ce point avec Catherine Ashton et son bras droit Pierre Vimont. Ce dernier qui travaille dans l’ombre est un diplomate, français par ailleurs, très compétent. Tout cela montre que la diplomatie française est importante. Traditionnellement à l’ONU, l’adjoint du secrétaire général en charge des crises, des conflits et de l’engagement est un français. On a affaire aujourd’hui à une Europe qui pédale dans la semoule, qui se débat dans des problèmes économiques croissants, et n’a pas le temps de se préoccuper des questions de sécurité. En Lybie, on s’est retrouvé dans un paysage éclatée alors que les pays européens auraient pu avoir une position commune.

L’Europe a déjà fait un pas dans ce sens, en intervenant dans des dossiers en européano-européen. En République démocratique du Congo, pour stabiliser le pays, il y a 4-5 ans, c’est l’EUFOR, une force d’intervention européenne, qui est intervenu dans le cadre du processus électoral pour ne pas que la population s’entretue. Il y a des beaux symboles, la brigade franco-allemande. Il y a donc quand même des petites avancées. Mais tant qu’il n’y aura pas de sentiment d’appartenance à l’Europe, il n’y aura pas de politique européenne commune, or le bras armé n’est qu’au service de tout ça.

  • Pensez-vous qu’il y a une crise de la diplomatie et de la défense française ?

Il faudrait reprendre le discours de Nicolas Sarkozy aux ambassadeurs pour voir l’ampleur des dossiers à traiter sur le thème de la diplomatie. Il y a des points positifs et des points négatifs. Sur bons nombres de crises ces dernières années, la France a été leader, la France a pesé, la France a modifié les choses et a entrainé d’autres pays dans un sens que je juge positif. Par exemple, la crise géorgienne entre la Russie et la Géorgie. La France était présidente de l’Union européenne, certains ont pensé que Nicolas Sarkozy est allé trop vite, mais si la France n’était pas intervenu en tirant l’Europe derrière elle, on aurait pu avoir une situation beaucoup plus grave, avec beaucoup plus de morts. Autre aspect positif de la diplomatie française : on entend souvent parler du fait que la France est à la traine des américains en Afghanistan. Or on ne l’est pas. Les Américains ont 110 000 hommes sur 150 000, et les 40 000 autres hommes se partagent entre plusieurs nations. Quand il y avait la force PRONU en Bosnie, c’est la France qui dirigeait la force parce qu’elle avait plus d’hommes. Il y a un proverbe qui dit qui paye, commande, le Américains payent le plus d’hommes, donc ils commandent. On n’est donc pas à la traine des Américains.

La France pèse sur le plan diplomatique. Au sommet de l’OTAN à Bucarest en 2008, la France et l’Allemagne se sont opposées à Bush pour l’intégration de la Géorgie et l’Ukraine dans le commandement intégré de l’OTAN. Leur intégration était jugée trop précoce, ça aurait posé des problèmes avec la Russie. Et ça ne s’est pas fait.

Je passe sur la diplomatie de Chirac qui ne s’est pas aligné sur la politique de Bush en Irak. Autres exemple à Bucarest, les américains ont demandé aux français plus d’hommes en Afghanistan, la France a dit d’accord mais il faut des objectifs politiques. Si on veut des objectifs politiques, il faut des hauts responsables politiques qui aient une vision d’ensemble des avancées en Afghanistan, sur le combat, la reconstruction, la gouvernance et la formation de l’armée afghan. A la suite de la demande de la France, des hauts représentants AFPAK (Afghanistan et Pakistan) ont été nommés. L’un des premiers a été Pierre Lellouche, ancien ministre français.

Les français ont tendance à se sous-estimer. VOIR DERNIER LIVRE LE COOMPLEXE DE L’AUTRUCHE ; Mais la France reste une assez grande puissance, on a une longue histoire derrière nous, y compris coloniale, une vision mondiale des choses, on a des diplomates de qualités pour bons nombres d’entre eux… On compte, on pèse, la voix de la France est entendu. De l’autre côté il y a des plantages magistraux. Comme ça été le cas pour les révolutions arabes : des problèmes de casting, un temps de réaction beaucoup trop long, un ministre des affaires étrangères qui ne correspondait pas, des problèmes de communication… Parfois la diplomatie française a du mal avec des situations renversantes, avec l’imprévu. La France a besoin de personnes qui ont de l’intuition, qui réagissent vite, qui aillent sur le terrain. Les diplomates français auraient dus prendre le pouls des réseaux sociaux et se rendre compte qu’il y avait une jeunesse qui souffrait et aspirait à autre choses.

La diplomatie française pèse et est attendu. Le fait d’avoir une armée puissante, l’armée nucléaire  fait de la France un pays qui compte.

Pour les révolutions arabes personne ne s’y entendait pas ! Même dans la documentation de Wikileaks, il n’y avait pas de mentions de diplomates annonçant que Moubarak allait tomber…

L’armée a-t-elle encore les moyens de ses actions ?

4 Mai
English: Pictures of the Marines (France) Army...

English: Pictures of the Marines (France) Army. Français : Photo des Troupes de Marine (France) Armée de terre. (Photo credit: Wikipedia)

La publication du Livre blanc 2013 prévoit de nouvelles coupes dans le budget de la Défense

Le Livre blanc de la Défense 2013 prévoit une baisse du budget alloué aux armées. Selon l’Elysée, le Livre blanc devait concilier le maintien des ambitions de la France dans le monde et des contraintes budgétaires liées à la crise. Des officiers déplorent que la Défense serve de variable d’ajustement budgétaire. S’il est vrai que beaucoup d’administrations doivent se serrer la ceinture, la Défense est très souvent la première victime de la crise. La question que l’on peut se poser est de savoir comment l’armée peut accomplir les missions qui lui sont confiées en rabotant toujours plus ses moyens.

Cette année l’Etat prévoit la suppression de 24 000 postes supplémentaires d’ici 2019, en plus des  54 000 prévues entre 2008 et 2015. Le budget 2013 devrait atteindre 31.4 milliards d’euros, 1.5% du PIB soit une baisse de 0.3% par rapport à l’année dernière. Selon les estimations, le budget Défense devrait atteindre 1.3% du PIB d’ici dix ans. La France n’est pas la seule puissance européenne à voir son budget baisser.  En 1990, les pays européens comptaient 2.5 millions de soldats, 2 millions en 2000 et 1.5 en 2010.

Ajustement des dépenses

Selon l’Elysée, la France a toujours pour ambition de conserver son siège du Conseil de sécurité de l’ONU qui exige d’elle des responsabilités sur la scène internationale et donc des moyens militaires. Cette année, la France a revu à la baisse ses ambitions d’influence en Asie pour se concentrer sur la Méditerranée, le Sahel et le Maghreb. Les moyens de dissuasion vont être préservés. Le renseignement qui garantit à la France une capacité d’appréciation des théâtres d’opération  va être renforcé. Les moyens spatiaux du renseignement militaire retardés jusqu’alors vont être financés. Des drones américains de moyenne altitude vont être acquis. Les forces spéciales qui ont prouvé leur efficacité au Mali seront consolidées ainsi que les capacités de commandement. Les moyens consacrés à la cyberdéfense vont être augmentés, même si le retards de la France dans ce domaine restent très importants.

Les crédits attribués aux programmes d’armement vont diminués de 40% chaque année, l’Etat commandera moins d’hélicoptère, d’avions A400M ou de blindés. L’armée de Terre est la première victime de ces coupes budgétaires avec en premier lieu une réduction de personnel (9000 hommes). L’intervention au Mali a pourtant prouvé l’utilité de l’envoi de troupes. Son contrat opérationnel lui permettant d’envoyer des hommes et des équipements sur un théâtre d’opération pendant plusieurs mois va être divisé par deux. Selon un officier général « l’armée de Terre n’a pas les mêmes puissants lobbys que la Marine et l’armée de l’Air ». La dissuasion nucléaire a été sanctuarisé par le président de la République François Hollande. La Marine qui porte la dissuasion nucléaire a donc réussi à préserver ses principaux programmes. L’armée de l’air devrait renoncer à deux escadrons et une cinquantaine d’appareils.

 Des ambitions, des moyens diminués

« Ce que l’on constate ces dernières années c’est qu’il y a une baisse assez régulière du budget et des effectifs de la défense. Pour autant les missions, les opérations extérieures ne diminuent pas » a déclaré Pierre Servent, journaliste spécialisé dans les questions militaires. Des officiers s’inquiètent de voir leurs moyens réduits quand ils savent que les guerres modernes nécessitent de l’argent. Des hélicoptères et avions de combats aux équipements des fantassins toujours plus technologiques, l’armée moderne coûte cher à l’achat comme à l’entretien. Raboter le budget, diminue les chances des soldats de faire face aux crises de plus en plus complexes et porte atteinte à leur vie. Le chef des armées, le président de la République a besoin de tout un panel de moyens militaires pour faire face aux guerres actuelles. Si l’armée française a encore les moyens de sa politique étrangère, les spécialistes craignent qu’à force de baisser le budget de la Défense la France n’ait plus les moyens d’assumer son rôle sur la scène internationale, sur les théâtres d’opération où elle est présente et de protéger la vie de ses soldats par du matériel à la pointe de la technologie.