Archive | juin, 2013

Affaire Snowden : guerre d’espions digne de la Guerre Froide ?

28 Juin
Edward Snowden stencil by Eclair Acuda Banders...

Edward Snowden stencil by Eclair Acuda Bandersnatch (Photo credit: Steve Rhodes)

L’ex-agent de la CIA Edward Snowden, inculpé d’espionnage pour avoir dévoilé les programmes de surveillance  de la NSA, éveille les tensions entre les Etats-Unis et ses adversaires politiques

 

Edward Snowden, ancien employé de la CIA et de la NSA, fait trembler la planète Diplomatie en cherchant refuge dans des pays qui n’ont pas d’accords d’extradition avec les Etats-Unis. L’affaire du jeune informaticien révélant à la presse les systèmes de surveillance téléphoniques américains dans le monde se mue en affaire d’espionnage international rappelant celles de la Guerre Froide.

Libérateur ou idéaliste ?

Les Etats-Unis sont les premiers à faire les frais du jeune informaticien de 29 ans. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois. La génération Internet voit l’avènement de jeunes surdoués de l’informatique qui se sont donnés pour mission de faire régner la transparence entre les Etats et ses populations. Edward Snowden fait partie de ces chevaliers idéalistes, bravant les risques d’emprisonnement pour dénoncer les agissements d’Etats qui outrepassent leurs droits au nom de la sécurité nationale. Il succède au fondateur de Wikileaks Julian Assange ou encore à Bradley Manning qui est aujourd’hui devant un tribunal militaire pour avoir divulgué des informations sur les guerres en Irak et en Afghanistan. Ces trois hommes ont en commun l’image controversée de petits génies de l’informatique enfermés nuit et jour devant leur ordinateur se forgeant leur opinion au travers du monde déformé qu’est Internet. En mai 2013, Ed Snowden commence à révéler des informations sur les programmes de surveillance américains au Guardian et au Washington Post alors qu’il est en poste pour un sous-traitant de la NSA, Booz Allen & Hamilton. Le 20 mai, il quitte son domicile d’Hawaï pour Hong Kong, emportant avec lui des données confidentielles

Jeux d’espion entre pays rivaux

Aujourd’hui, Edward Snowden ne se retrouve pas seulement au cœur d’une affaire de piratage mais au milieu d’intrigues internationales entre des pays adversaires. Les Etats-Unis n’hésitent pas à pointer du doigt la Chine et la Russie pour l’aide qu’ils accordent au « traître »,  notamment la décision d’Hong Kong de laisser Snowden partir pour la Russie sans visa, le 23 juin. La Chine a répliqué en déclarant que cet incident aurait des répercussions sur les relations diplomatiques entre les deux pays. Lundi 24 juin, Edward Snowden devait quitter la Russie. Il ne s’est jamais présenté dans l’avion. Le président russe Vladimr Poutine a déclaré que l’ancien consultant de la NSA se trouvait dans la zone internationale de l’aéroport de Moscou, qualifiant l’attitude de Washington de « délire et  de sornettes ». Le chef de la diplomatie américaine, John Kerry a tout de suite brandi la menace de « conséquences » sur les relations russo-américaines, déjà altérées par le dossier syrien. Olga Denisova, journaliste pour la radio La voix de la Russie a confié à ses confrères de l’AFP : « J’ai le sentiment que nous participons tous à un grandiose complot d’espions ». L’intervention de Julian Assange pour procurer au fugitif des papiers équatoriens a assombri un peu plus le tableau, permettant au président de l’Equateur, Rafael Correa de passer pour le nouveau Hugo Chavez, ex leader de la gauche latino-américaine, fervent opposant des Etats-Unis.

« L’Affaire Snowden est passé d’une affaire de fuite à une affaire de haute politique entre les puissances majeures du monde » résume l’analyste Bruce Riedel, ancien de la CIA, aujourd’hui chercheur à la Brookings Institution. Certains analystes vont même jusqu’à dire que le jeune informaticien a bénéficié de la complicité de la Chine et de la Russie depuis le début dans le but de le manipuler pour obtenir des informations.

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L’utilisation d’armes chimiques dans les guerres du XXème siècle

6 Juin
Sarin gas victim, Syria

Sarin gas victim, Syria (Photo credit: Ninian Reid)

Le Ministre des Affaires étrangères françaises et l’Onu ont confirmé l’emploi de gaz sarin dans la guerre opposant les rebelles syriens et le président Bachar al-Assad

Mardi 4 juin, le Ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a confirmé l’utilisation de gaz sarin dans le conflit syrien. Des analyses effectuées grâce à des échantillons fournis par des journalistes du Monde « démontrent la présence de sarin ». « Au regard de ces éléments, la France a désormais la certitude que le gaz sarin a été utilisé en Syrie à plusieurs reprises » a assuré le Quai d’Orsay dans un communiqué. Les scénarii à venir sur les intentions de la communauté internationale restent incertains. Si la responsabilité du gouvernement syrien a été reconnue, il n’en reste pas moins que les rebelles ont pu utiliser également des armes chimiques. De plus, la manière d’intervenir en Syrie pour détruire les stocks d’armes chimiques est en cours d’études.

L’utilisation d’armes chimiques dans les conflits du XXème siècle a connu son apogée au moment des Guerres Mondiales. L’industrialisation des armes et l’évolution technologique de ces dernières a conduit à la création d’armes chimiques de plus en plus sophistiquées.

Les armes chimiques durant les Guerres Mondiales

Le 22 avril 1915 à Ypres, les troupes franco-algériennes ont subi une attaque au chlore. En juillet 1917, la guerre chimique atteint son paroxysme avec l’utilisation de gaz moutarde dans la même région. Les batailles de la Somme et de Verdun sont marquées par l’emploi d’obus à acide cyanhydrique. En septembre 1917, du gaz Clarck à base d’arsines a été utilisé sans que les masques puissent l’arrêter.

En 1935, l’Italie utilise des armes chimiques en Ethiopie enfreignant pour la première fois le Protocole de Genève signé en 1928. En 1939, un peu avant la Seconde Guerre Mondiale, le Japon se sert du gaz moutarde  et de la lewisite au cours de l’invasion de la Chine. Durant la Deuxième Guerre Mondiale, les Allemands débutent la guerre en produisant  78 000 tonnes d’agents chimiques (tabun, sarin, phosgène).

Les armes chimiques dans les conflits récents

L’Après-Guerre, marquée par la Guerre Froide, amorce un tournant décisif : les deux camps rivalisent dans les domaines de la recherche et de la production massive d’armements chimiques de plus en plus sophistiqués. Entre 1963 et 1968, l’Egypte utilise de l’ypérite au Yémen. La guerre d’Afghanistan (1979-1983) offre aux russes un champ d’expérimentation  de nouveaux produits chimiques. Durant la guerre du Vietnam (1975-1983), l’armée américaine utilise en grande quantité des défoliants et des agents antiémeute non létaux, contaminant la population et les cultures avoisinantes pour plusieurs années.

Entre 1982 et 1988, l’Irak utilise des armes chimiques à diverses reprises. Durant la guerre Iran-Irak, l’Irak utilise de l’ypérite, du cyanure et du tabun contre les troupes adverses causant de lourdes pertes. La guerre du Golfe est un tournant majeur dans l’histoire de la guerre chimique. Saddam Hussein devient le 3ème rang mondial avec près de 50 000 obus et bombes à l’ypérite et au sarin. Le dictateur irakien utilise massivement du tabun et de l’ypérite contre les populations kurdes et chiites du Sud, faisant de milliers de morts. De 1987 à 1990, les Etats-Unis reprennent la production d’armes chimiques pour rattraper leur retard face aux soviétiques. En 1995, des attentats terroristes frappent le Japon au gaz sarin.

Les armes chimiques après la CIAC

Afin d’en finir avec ce type d’armes jugées moralement indéfendables condamnant femmes et enfants, la Convention sur l’interdiction des armes chimiques (CIAC) est signée le 13 janvier 1993 à Paris. Ce traité, signé par 186 pays,  interdit la fabrication, le stockage et l’usage d’armes chimiques. De nombreux stocks d’armes sont détruits

Malgré cette Convention, les Etats-Unis ont admis utiliser des explosifs combinés au chlore durant la Guerre en Irak. Aujourd’hui le régime syrien fait fi de la morale, utilisant le sarin contre sa population, un gaz provoquant des convulsions, des arrêts respiratoires, le coma puis la mort. « Nous devons augmenter le faisceau de preuves en notre possession (…) avant de prendre une décision » a déclaré le porte-parole de Barack Obama, Jay Carrey. Bien que la ligne rouge, l’utilisation d’armes chimiques selon l’appellation américaine,  ait été franchie la Maison Blanche semble jouer la prudence dans l’éventualité d’une intervention militaire internationale. Une intervention internationale s’éloigne peu à peu.