Archive | juillet, 2013

Russie : Poutine ou le pouvoir liberticide de la presse

9 Juil
Kommersant

Kommersant (Photo credit: Wikipedia)

Dans l’Oural, une journaliste risque 20 ans de prison pour avoir osé s’attaquer à l’élite locale

En Russie, la liberté de la presse se réduit comme une peau de chagrin. La presse écrite relativement épargnée par le monopole de l’Etat est en train de perdre du terrain. Les journaux sont rachetés par de grands groupes industriels à la tête desquels se trouvent des oligarques russes proches du président Vladimir Poutine. Les principales chaînes de télévision sont sous la coupe de l’Etat. La télévision étant quasiment toujours allumée dans les foyers russes, les gouvernements successifs ont rapidement compris que le contrôle de l’audiovisuel était un bon moyen de trier les informations diffusées à la population.

300 journalistes tués depuis 1991

Les meurtres et les menaces sont le prix à payer pour être un journaliste indépendant en Russie. Anna Politkoskaïa, journaliste pour Novaïa Gazeta, un des derniers bastions du journalisme indépendant, a été assassinée le 7 octobre 2006. Elle est la 22ème journaliste assassinée depuis l’arrivée de Vladimir Poutine au pouvoir et l’une des six victimes au sein de la rédaction du quotidien. La reporter couvrait la guerre en Tchétchénie, dénonçant les atrocités commises par l’armée et les manquements évidents aux Droits de l’Homme. Trois cents journalistes ont perdu la vie depuis la chute de l’URSS en 1991. Selon le rapport annuel de Reporter Sans Frontières (RSF), la Russie se place au 148ème rang du classement 2013 des pays qui respectent la liberté de la presse. Elle a perdu six places depuis l’année précédentes. Le retour de Poutine au pouvoir n’est surement pas étranger à ce nouveau classement. RSF dénonce dans ce nouveau rapport l’impunité des assassins de journalistes qui s’en sortent très facilement sans que jamais le nom des commanditaires ne soit dévoilé.

En tant qu’observateurs extérieurs, les journalistes étrangers ne peuvent que dénoncer le manque de liberté de la presse dans ce pays, les menaces et les meurtres dont sont victimes les journalistes qui osent s’attaquer au Kremlin. L’autocensure des journalistes s’est instaurée sans que Moscou n’intervienne, pour éviter tout problème avec le gouvernement, avec les gouverneurs des régions et pour garder son emploi dans un pays en crise. Un article qui dérange peut vous valoir la vie. Quant aux journalistes indépendants, ils ne sont soutenus que par une poignée de personnes. La population a tendance à se désintéresser du sort des journalistes, comme cela a été le cas pour Anna Politkoskaïa. Ses assassins ont été relâchés sans que cela provoque d’indignation de la part des Russes.

Ne tirez pas, je suis journaliste

Le dernier acte de malveillance envers un journaliste russe ne remonte qu’à quelques jours. Aksana Panova, journaliste pour le site Znak.com, situé dans la ville d’Ekaterinbourg, 3ème ville du pays, risque vingt ans de prison. Quatre chefs d’accusation pèsent sur elle dans son procès qui a débuté le 25 juin. La journaliste a choisi de dévoiler, via son site, les abjections des élites locales, mettant en cause des membres du gouvernement fédéral dans des affaires de corruption. Si elle est difficilement tolérée à Moscou, la liberté de la presse est tout simplement proscrite dans certaines régions. Dans cette ville d’Oural, les élites attendent des médias un soutien sans failles. Les actes odieux envers Aksana Panova ont commencé en septembre 2012. La journaliste un peu trop indépendante a d’abord été accusée de vol, entrainant une perquisition de choc à son domicile par des policiers encagoulés et une série d’intimidation auprès de ses proches. Enceinte à ce moment-là, Aksana Panova a fait une fausse couche. Depuis, les chefs d’inculpation ne cessent de pleuvoir : abus de pouvoir, chantage ou encore escroquerie à grande échelle. Selon la journaliste, le but de ces manœuvres est de sanctionner sa ligne éditoriale trop critique à l’égard du pouvoir. « Pas moins de vingt enquêteurs travaillent à temps plein sur mon cas. C’est du jamais-vu. Il leur a fallu seulement trois semaines pour boucler un volet de l’enquête qui aujourd’hui se compose de vingt-six tomes », explique-t-elle.

En mars 2012, juste après les élections présidentielles entachées de fraude, l’hebdomadaire Kommersant Vlast, une antenne du grand quotidien Kommersant, avait publié une photo d’un bulletin de vote où il était écrit « Poutine, va te faire foutre ». Le propriétaire du Kommersant Alicher Ousmanov, oligarque russe proche de Vladimir Poutine, a aussitôt licencié le rédacteur en chef Maksim Kovalski. Depuis, l’hebdomadaire se cantonne à l’actualité internationale, moins risquée à traiter que la politique intérieure.

Quelques bastions de la liberté de la presse perdurent en Russie. Novaïa Gazeta et The New Times sont les seuls médias de presse écrite à être encore indépendant. Malgré la mort de six de leurs collègues, dont celle d’une journaliste stagiaire de 25 ans, Anastassia Babourova en 2007, la rédaction de Novaïa Gazeta, poussée par la jeune génération, continue à croire en son indépendance face à un pouvoir toujours plus liberticide et à se battre pour donner une vision réaliste de la Russie. « Je suis réaliste, je comprends qu’en Russie les choses sont jouées pour les seize ans à venir au moins. Poutine et Medvedev vont se succéder sans rien lâcher du pouvoir. Mais moi je vis dans un cercle de gens qui pensent. Ce sont mille ou cent mille personnes peut-être en Russie, j’écris pour eux » a déclaré Arkadi Babtchenko, journaliste spécialisé de l’armée.

Un long chemin à parcourir

En Novembre 2010, Oleg Kachine, reporter pour le Kommersant a été passé à tabac devant chez lui. Il suivait des mouvements d’opposition, notamment dans le cadre de manifestations contre la construction d’une autoroute. Son cas a ému des journalistes scandalisés par cette violence, offrant une plus large couverture médiatique à cette nouvelle affaire qu’à celle d’Anna Politkoskaïa. Mais la liberté des journalistes indépendants est loin de s’améliorer. En 2012, Oleg Kachine a été renvoyé, jugé trop militant par son employeur.

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Rubygate : Berlusconi se relèvera-t-il de sa condamnation ?

8 Juil
Silvio Berlusconi

Silvio Berlusconi (Photo credit: Wikipedia)

Silvio Berlusconi

Silvio Berlusconi (Photo credit: Wikipedia)

Le Cavaliere écope de 7 ans de prison dans l’affaire Rubygate pour prostitution de mineur et abus de pouvoir

Silvio Berlusconi a été condamné à sept ans de prison et une interdiction à vie d’exercer un mandat public par le parquet de Milan dans l’affaire du Rubygate. L’ancien Président du Conseil italien est loin d’avoir dit son dernier mot. Il a dénoncé « un verdict violent » et a juré qu’il « résisterait à la persécution ».

Condamné pour deux délits

Le Cavaliere a été accusé d’avoir eu des relations sexuelles tarifées avec Karima Al Mahroug alias Ruby alors qu’elle était encore mineure. Silvio Berlusconi a nié avoir eu des rapports avec la jeune marocaine. Il a ajouté qu’il ignorait qu’elle était mineure lorsqu’il l’a invitée à des soirées entre février et mai 2010. Bien que Ruby a nié, l’accusation a démontré que la jeune femme se livrait à la prostitution dans la ville de Milan et avait reçu de très grosses sommes de la part du Cavaliere. Les écoutes téléphoniques ont dévoilé des détails plus que convainquant sur les « bunga-bunga », les orgies organisées au domicile de l’ancien Président du Conseil. Le procureur Ilda Boccassini a fermement dénoncé le « système de prostitution mis en place pour la satisfaction sexuelle personnelle de Silvio Berlusconi », précisant que si Ruby nie en bloc avoir eu des relations sexuelles c’est « parce qu’elle a reçu plus de 4.5 millions d’euros en trois mois ».

Le Cavaliere a également été accusé d’abus de pouvoir pour avoir usé de son statut politique pour libérer Ruby, accusée de vol. Mettant en avant le risque d’incident diplomatique il a prétendu qu’elle était de la famille d’Hosni Moubarak. Les magistrats n’ont pas accrédité cette version. Ils n’ont pas cru non plus les femmes présentes lors des orgies qui ont témoigné en faveur de Berlusconi, mettant en avant le fait qu’elles étaient toujours logées et soutenues financièrement par l’ancien Président du Conseil.

Innocent tant qu’on n’a pas prouvé qu’il est coupable

Silvio Berlusconi n’est pourtant pas encore en route pour la prison. Il sera libre et innocent aux yeux de la loi tant que le jugement de sera pas passé et validé en appel et devant la Cour de cassation, conformément à la loi italienne. Si les responsables du Peuple de la liberté (PDL) ont dénoncé « un coup d’Etat », une « justice morte », la ligne officielle du PDL consiste à dissocier le sort du gouvernement, dont il fait partie, et le sort de son leader, Silvio Berlusconi. Il n’a d’ailleurs pas manqué d’attaquer le gouvernement, se sentant trahi par son manque de soutien, lui qui espérait obtenir un poste de sénateur à vie pour échapper à toutes les poursuites judiciaires. En effet,  le Cavaliere a été condamné à quatre ans de prison par la Cour d’appel de Milan pour fraude fiscale dans le procès qui implique sa société Mediaset. La Cour de cassation devrait statuer à l’automne.

Cependant, le Cavaliere a une autre carte dans sa manche. S’il décide de retirer son soutien à son parti et au gouvernement de coalition, il pourrait provoquer la chute de celui-ci et entraîner de nouvelles élections qui le ramènerai éventuellement à la tête du gouvernement et donc lui éviter toute condamnation définitive. Depuis son entrée en politique en 1994, Silvio Berlusconi a été condamné à un total de onze ans et cinq mois de prison ferme dans plusieurs affaires sans qu’aucun jugement n’ai jamais été définitif et appliqué.