L’armée paye le tribut du déficit public

15 Mai

De nouvelles coupes dans le budget de la Défense menace la puissance d’intervention de la France

 

Les chiffres annoncés dimanche 11 mai par le député Xavier Bertrand sur de nouvelles coupes dans le budget de la Défense ont eu le mérite de secouer la sphère politique et militaire. Selon des sources militaires, proches de l’ancien Ministre du Travail, le gouvernement aurait l’intention de réduire le budget de l’armée de 1.8 à 2 milliard d’euros par an sur trois ou quatre années. Le Ministre des Finances, Michel Sapin est tout de suite monté au crénau pour démentir les chiffres avancés sans nier que l’armée allait devoir faire de nouveaux efforts. « La France doit faire un effort en terme de maîtrise de ses dépenses publiques, tous les militaires feront un effort mais le ministère de la Défense est un ministère qui doit être à la hauteur des enjeux de la sécurité de la France » a t-il rétorqué dans l’hémicycle.

La France menacée dans sa capacité d’intervention?

Ces annonces contredisent les déclarations du chefs des armées, François Hollande, qui avait promis de sanctuariser le budget de la Défense en 2014. L’armée a déjà consenti à beaucoup de sacrifice : 34 000 postes vont être supprimés d’ici 2019 sur les 280 000 que compte l’armée. Le budget annuel alloué aux forces armées est de 31.4 milliard d’euros. Il s’agit certes d’un budget conséquent mais il comporte des failles et une diminution ferait craindre des conséquences sur la puissance de frappes, l’industrie française et beaucoup d’autres domaines. Les militaires craignent de devoir sacrifier des programmes de modernisation ou de reporter l’achat d’avions ravitailleurs. 1600 soldats français sont actuellement en poste au Mali, plus de 2000 en Centrafrique et un millier au Tchad. Depuis 1995, l’armée a subit de nombreuses coupes budgétaires, les experts craignent que la France ne puisse plus faire d’interventions seule comme ce fut le cas au Mali en janvier 2013. Le paradoxe de ces coupes budgétaires est l’augmentation des menaces terroristes et géopolitiques. Pierre Servent, journaliste spécialisé des les questions militaires a déclaré à ce sujet: « Ceux qui disent que le budget de la Défense est un gros budget, qu’on peut taper dedans, c’est ceux qui pleuront demain en demandant pourquoi on ne peut pas intervenir à la fois au Mali, à la fois au Centrafrique… ».

SA330 Puma ALAT

Hélicoptère de manoeuvre SA330 Puma de l’Aviation Légère de l’Armée de Terre (ALAT)
(Photo André BOUR)
Du matériel obsolète, des effectifs rongés

Les véhicules de transport de troupes engagés en Centrafrique sont à bout de souffle, certains ont plus de trente ans d’âge, et de nombreuses pannes sont à déplorer. Or, tout le materiel militaire coûte cher à entretenir ou à racheter. Les nouvelles technologies engagées dans nos armées, nécessaires pour maintenir la France à son rang sur la scène internationale, est clairement menacé par ces coupes perpétuelles.  L’ALAT (Aviation Légères de l’Armée de terre) c’est-à-dire les hélicoptères sont particulièrement touchés par ce manque de moyens. Les Pumas et les Gazelles dépassent la quarantaine d’années. Sur un hélicoptère en vol, un est à terre faute de moyens financiers pour le réparer. Or ce sont des engins indispensables pour les opérations extérieures (OPEX). L’armée de Terre est la première victime car il n’est évidemment pas question de toucher à la dissuasion nucléaire, même si l’on envisage de supprimer la capacité nucléaire des avions embarqués sur le seul porte-avion français, le Charles de Gaulle. Où se feront les coupes budgétaires? Une nouvelle diminution des effectifs est envisageable. Plusieurs casernes vont être fermées. Or tout comme l’achat de materiels, l’innovation et la vie militaire fait vivre l’industrie et nourrit donc l’emploi. Des villes entières vivent autour de ces casernes. Les industries de l’armement sont très inquiètes. En effet, plusieurs projets doivent débuter cette année : le programme Scorpion de modernisation de l’armée de Terre ou encore le projet d’acquisition de drônes de surveillance.

Les chiffres avancés par Xavier Bertrand, relayés par la presse, ne sont pas forcément une réalité. Il s’agit avant tout de propositions à l’étude par Bercy pour trouver les 50 milliards d’euros d’économie promis par le gouvernement. La Loi de Programmation Militaire (LPM) qui établit le budget de la Défense pour les années à venir à été votée en décembre 2013. Il paraît donc difficile de revenir dessus. Il est cependant plus facile de solliciter les militaires respectueux par tradition de l’autorité et contraint au silence par leur statut que d’autres fonctionnaires. Les réponses floues du Ministre des Finances ou de Manuel Valls sur le sujet ou l’absence de réaction du président de la République n’augurent rien de bon.

Publicités

Ukraine: lenteur et inaction de l’UE

28 Fév

La révolte ukrainienne a illustré l’incapacité de l’Union Européenne à être unie autour d’une politique et à sortir de sa paralysie bureaucratique afin de régler un conflit frontalier meurtrier. En menant « une politique d’ouverture » vis-à-vis d

e Kiev, l’Europe « a fait ce qu’elle avait à faire pour répondre à l’aspiration d’une grande partie du peuple ukrainien à se rapprocher d’elle » justifie Alain Juppé, ancien ministre des Affaires Étrangères devant les accusations de lenteur de l’Union Européenne. Ses détracteurs ne partagent pas cet avis. Rachida Dati a déclaré à la télévision que les responsables ont « failli dans la diplomatie européenne ». Quand on est président de la Commission européenne « on ne fait pas que déplorer, on agit ». L’Ukraine semble être devenue un catalyseur de la difficulté de l’Union Européenne à régler les conflits aux frontières. L’Europe a attendu près d’une soixantaine de morts pour réagir. La révolte des Ukrainiens n’est pas la première crise que l’Europe a eu du mal à régler.

 

A Kiev (Ukraine), des manifestants pro-européens réclament la signature d'un accord d'association avec l'Union européenne. (SERGEI SUPINSKY / AFP)

A Kiev (Ukraine), des manifestants pro-européens réclament la signature d’un accord d’association avec l’Union européenne. (SERGEI SUPINSKY / AFP)

Origines du conflit

La crise ukrainienne a débuté fin novembre, suite au refus du président ukrainien Viktor Ianoukovitch de signer un accord d’association avec l’Union Européenne. Des pro-européens ont commencé par manifester pacifiquement pour la démission du gouvernement corrompu. L’Union Européenne représentait une alternative pour se protéger du pouvoir, de ses lois liberticides et de l’influence de la Russie. Cependant, à Kiev, sur la place de l’indépendance, les manifestations se sont durcies. Le président a fait appel aux Berkouts, les redoutables troupes antiémeutes, pour maîtriser les opposants. Fin janvier, des images d’opposants kidnappés et torturés ont choqué l’opinion publique. Le mardi 18 février la situation dégénère, vingt-six morts sont à déplorer. Le 20 février, les tirs à balles réelles des troupes gouvernementales ont fait une soixantaine de morts. L’Ouest de l’Ukraine s’enflamme à son tour, des policiers doivent se rendre aux émeutiers, usés par la corruption qui sévit dans le pays et la connivence entre le président et Vladimir Poutine.

« L’Europe s’est réveillée trop tard »

Il a fallu un peu plus de deux mois pour que l’Union Européenne porte secours aux Ukrainiens. « Avec des scènes de guerre aux frontières de l’Union Européenne, la donne a changé, nous ne sommes plus dans un jeu diplomatique classique » a déclaré le Quai d’Orsay en février. Or le problème est là, l’Europe a attendu qu’une guerre civile éclate pour se réveiller. Aucun responsable européen n’est monté au créneau quand la situation en Ukraine a commencé à dégénérer. Il a fallu attendre la réaction de plusieurs chefs d’État pour que la machine bureaucratique européenne se mette en marche. La Haute Représentante Catherine Ashton a passé le plus clair de son temps à tenter de coordonner les positions divergentes des pays européens sur les sanctions à adopter pour faire plier Viktor Ianoukovitch. Par ailleurs, Catherine Ashton a embrouillé un peu plus la situation en proposant une aide financière alors que le pays est profondément corrompu. Quand le sang a coulé sur la place Maïdan à Kiev, l’Union Européenne a continué à tergiverser alors que le processus de sanctions contre les dirigeants internationaux prend généralement beaucoup de temps. Certains pays comme la Bulgarie, Chypre ou la Grèce,  traditionnellement plus proches de la Russie, se sont montrés plus réticents à sanctionner un allié de Poutine. Or les sanctions se décident à l’unanimité. La complexité bureaucratique a une fois de plus freiné une action réelle et imminente. Avec les nouveaux médias, la crise ukrainienne a évolué sous les yeux des populations européennes. Parallèlement, l’Union Européenne semblait sclérosée. Les organes, créés il y a plusieurs décennies, semblent ne pas suivre le rythme. Les sanctions sont lentes à se mettre en place et sans actions réelles sur les populations en pleine guerre. La voix du Parlement, organe démocratique, élu par le peuple, a été inaudible pendant la crise ukrainienne. A l’aube des élections européennes, boudées par les populations, l’Ukraine n’a rien arrangé. Cette guerre civile, aux portes de l’Europe, a prouvé une fois de plus que les Vingt-huit ne sont pas unis et incapables d’agir de concert pour résoudre rapidement les conflits frontaliers. « L’Europe s’est réveillée trop tard » a déclaré Bruno LeMaire. Il a fallu attendre la mi-février pour qu’un Triangle de Weimar, les ministres des Affaires étrangères français Laurent Fabius, allemand Franck Walter Steinmeier et polonais Radoslaw Sikonski se rendent sur place pour tenter de mettre fin au bain de sang.

Rwanda, Kosovo

Non content de ne pas avoir anticipé le refus du président ukrainien à signer l’accord d’association, l’Union n’a pas su rebondir ou accompagner le ras-le-bol de la population ukrainienne en développant une stratégie envers son voisin russe. Les négociations ont été laborieuses pour ne pas effleurer la susceptibilité russe. En effet, il n’y a eu aucune discussion sur le statut de la Russie depuis la fin de la Guerre Froide, adversaire ou partenaire. L’Union Européenne ne sait pas comment réagir face à ce pays. Vladimir Poutine en a profité pour agiter ce spectre de la Guerre Froide. Il a su jouer sur son potentiel de nuisance contre les Occidentaux en risquant de compliquer les choses sur d’autres dossiers comme la Syrie ou le nucléaire iranien. Faute de position européenne claire, Poutine a les mains libres pour mener à bien ses intérêts, ici garder l’Ukraine dans son giron. Si l’Union Européenne avait une stratégie définie, elle aurait été plus à même de gérer la crise en Ukraine. Si les Vingt-huit s’unissent (comme ça a été le cas au moment de la guerre en Géorgie en 2008) la Russie s’incline. Le Traité de Lisbonne n’a fait que compliquer les choses en accentuant la lourdeur de la bureaucratie. Il y a désormais quatre présidents de l’Union : le président du Conseil européen, le président de la Commission, le président du Parlement et le président du pays qui est à la tête de la présidence tournante. Pas d’unité, pas de leader pour définir une politique étrangère européenne. La crise ukrainienne n’est pas la première faute de l’Europe. Au Rwanda en 1993, au Kosovo en 1999, le vieux continent a attendu des massacres avant d’intervenir et n’est pas parvenu à se mettre d’accord sur la manière de procéder pour venir en aide aux populations. Au Kosovo par exemple, l’Union a dû faire appel à l’OTAN et aux États-Unis. Les dissensions des pays européens ne permettent pas de parler d’une seule voix malgré une Politique Étrangère de Sécurité Commune (1992).

Italie : Berlusconi provoque sciemment une crise politique

1 Oct

Le Cavaliere ordonne la démission de cinq ministres du PDL pour sauver sa peau

Dimanche 29 septembre, Silvio Berlusconi a ordonné à cinq ministres de son parti Forza Italia (anciennement Parti de la liberté ou PDL) de démissionner du gouvernement d’Enrico Letta provoquant une nouvelle crise politique en Italie. Un geste désespéré du Cavaliere en proie à plusieurs condamnations  dont une destitution de son poste de sénateur qui signifierait une levée de son immunité politique.

English: Silvio Berlusconi in a meeting with J...

English: Silvio Berlusconi in a meeting with José Luis Rodríguez Zapatero. Español: Silvio Berlusconi en un encuentro con José Luis Rodríguez Zapatero. Italiano: Silvio Berlusconi in un incontro con José Luis Rodríguez Zapatero. (Photo credit: Wikipedia)

Le président du Conseil italien a choisi de coincer Silvio Berlusconi à son propre jeu et de se battre contre cette nouvelle attaque des « faucons », les conseillers du milliardaire constituant l’aile dure de la droite. Enrico Letta proposera mercredi 2 septembre un vote de confiance au Sénat, la Chambre des représentants lui étant déjà acquise. Il veut jouer sur les divisions au sein du PDL et compter sur la droite modérée, fatiguée de subir les frasques du Cavaliere. Il a déclaré : « Je ne demanderai pas la confiance pour trois jours et pour recommencer comme avant, mais pour aller de l’avant et appliquer un programme ».

Plus seul que jamais

En essayant de déstabiliser la majorité qui doit le destituer, Berlusconi a provoqué une nouvelle crise en Italie et au sein même de son parti. Le ministre de l’Intérieur Angelino Alfano, qui doit sa carrière au milliardaire (garde des Sceaux, secrétaire du parti en 2011, vice-président du Conseil) appelle à « stopper les extrémistes qui entrainent le parti dans une aventure dangereuse ». Les quatre autres ministres démissionnaires s’accordent sur la mauvaise gestion du parti. La presse italienne n’a pas non plus été tendre avec le Cavaliere. Le Corriere della Sera appelait « Modérés, réveillez-vous ». Le quotidien d’affaires Il Sole 24 One dénonçait la fin du règne de Berlusconi « placé sous le signe d’un conflit d’intérêts permanent ».

Le « coup d’état »

L’aile modérée de la droite, les « colombes » ne veulent pas forcément tourner le dos à l’ancien président du Conseil mais ils déplorent les conseils désastreux de l’entourage de Berlusconi, dont son avocat, prêt à tout pour le garder dans la course politique quitte à plomber le parti et toute l’Italie. Ses conseillers sont loin d’être les seuls à manier l’art de la manipulation. Silvio Berlusconi a justifié cette crise par l’augmentation d’un point de la TVA prétextant une « nouvelle brimade infligée par la gauche  aux Italiens ». Une énième tentative désespérée d’éviter de finir avec les menottes et de voir plonger ses entreprises, dont les actions sont en chute libre après ce « coup d’état ». Quoi qu’il advienne, une fois destitué, le Cavaliere devra choisir entre être assigné à résidence ou faire des travaux d’intérêts généraux car le président de la République, Giorgio Napolitano, et Enrico Letta ne veulent à aucun prix dissoudre le Parlement et provoquer des élections anticipées.

Enrico Letta

Enrico Letta (Photo credit: Wikipedia)

Silvio Berlusconi a su une fois de plus faire passer son intérêt avant celui des italiens. En effet, cette situation politique est d’autant plus grave que l’instabilité se traduit par des sanctions économiques : l’écart entre les bons au Trésor italiens et ceux du Trésor allemands augmente, desservant ainsi la dette italienne qui atteint à ce jour 127% du PIB italien.

Intervention en Syrie : qui, quand, comment ?

7 Sep
G20

G20 (Photo credit: The Prime Minister’s Office)

Le G20, qui se tient actuellement en Russie, cristallise les divisions entre les pays sur une éventuelle intervention militaire contre le régime de Bachar al-Assad

 

Les États-Unis et la France, pays favorables à une intervention militaire sans mandat de l’ONU, veulent lancer des frappes aériennes en Syrie afin de sanctionner le dictateur pour avoir utilisé des armes chimiques contre sa population

 

 

Les résolutions de l’ONU étant bloquées par la Russie et la Chine, les États-Unis et la France se sont donnés pour missions d’intervenir militairement en Syrie avec ou sans mandat de l’Organisation des Nations Unies afin de stopper rapidement les attaques à l’arme chimique perpétrées par l’armée de Bachar al-Assad. Les populations et la communauté internationale sont fortement divisées sur la question, Washington et Paris semblent bien isolés.

Depuis les répressions sanglantes des manifestations de 2011, l’ONU a proposé trois résolutions bloquées par la Russie et la Chine par intérêts et par refus d’ingérence extérieures dans les affaires intérieures d’un pays. Il faut attendre le 21 août 2013 pour que l’éventualité d’une utilisation d’armes chimiques contre la population soit admise par la communauté internationale grâce aux images de victimes de frappes. La France et les États-Unis affirment avoir des preuves justifiant une intervention militaire imminente en Syrie pour protéger la population. Cependant, depuis l’utilisation de faux documents par les Américains affirmant que Saddam Hussein utilisait des armes de destruction massive, la communauté internationale préfère se fier aux conclusions du rapport de la mission de l’ONU envoyée sur place du 26 au 31 août. Le 31 août le revirement de Barack Obama souhaitant recevoir l’aval du Congrès américain avant toute intervention n’a pas fait changer d’avis le président français toujours déterminé à agir au plus vite. Mardi 4 septembre, François Hollande a déclaré que si le Congrès ne donnait pas son feu vert la France « prendrait ses responsabilités en soutenant l’opposition » syrienne.

Divisions sur la scène internationale

Le G20, établi en Russie, a montré l’isolement des États-Unis et de la France. Le président de la République française n’a d’ailleurs pas pu compter sur le soutien de ses homologues européens pour former une coalition afin d’intervenir militairement.  David Cameron a dû se ranger à l’avis du Parlement rejetant toute intervention militaire. L’Italie ne souhaite pas intervenir sans mandat de l’ONU. Angela Merkel a déclaré que l’Allemagne « ne s’associera en aucun cas à une action militaire » et que « cette guerre doit prendre fin et cela ne se fera que politiquement ». Le porte-parole de la délégation chinoise au G20, Qin Gang a également déclaré que « la situation actuelle montre que la solution politique est la seule voix », « les conclusions de l’enquête » de l’ONU sur l’usage d’armes chimiques « seront la base de la prochaine étape ». Herman Van Rompuy (président permanent du Conseil européen) et José Manuel Barroso (président de la Commission européenne) ont appelé à une solution politique pour mettre fin au conflit.

Les membres d’une hypothétique coalition se comptent sur les doigts de la main. La Turquie approuve une intervention militaire punitive contre la Syrie, même si l’on peut soupçonner la volonté du président Recep T. Erdogan de redorer son blason sur la scène internationale et de protéger ses frontières. Les Émirats Arabes, le Koweït et le Maroc sont prêts à fournir de l’aide tout comme la Croatie, le Danemark, la Grèce, la Lettonie, la Roumanie et Chypre.

Moyens militaires et stratégies de guerre

Si intervention il y a, il n’est pas question d’envoyer des troupes au sol ou de faire durer une présence internationale aux abords de la Syrie. Une campagne de frappes ponctuelles de quelques heures par jour viserait des cibles précises telles que des dépôts de munitions de l’armée, des infrastructures stratégiques comme des postes de commandement, des bases aériennes ou encore des dépôts de carburant. Le but étant de ne pas renverser le dictateur mais de lui faire subir un coup de semonce et de réduire ses forces de frappe.

En France, la Constitution stipule que le chef des armées, le président de la République a tous les droits en ce qui concerne la décision d’entrée en guerre. Le Parlement doit juste être informé des opérations en cours dans les trois jours. En revanche, il a la garde du budget de la Défense. Au États-Unis, le président a les mêmes pouvoirs décisionnaires. En revanche le Congrès peut obliger le président à faire revenir les troupes.

Depuis plusieurs mois, Washington positionne dans la région des missiles Tomahawks d’une portée de mille kilomètres, envoyés depuis des avions, des navires ou les bases du Golfe ou de Djibouti. Le Pentagone a renforcé ses moyens : en Mer Rouge se trouve la Vème flotte composée de deux porte-avions les plus modernes, l’USS Truman et Nimitz munis de quatre vingt dix chasseurs. En Méditerranée, cinq croiseurs lance-missiles ont été positionnés face à la Syrie contenant chacun cent cinquante Tomahawks, ainsi qu’un nombre inconnu de sous-marins d’attaque lanceurs d’engins.

Paris a dépêché des moyens d’écoute et de renseignement, des sous-marins d’attaque, des Rafales et des Mirages ainsi que la frégate ultramoderne Chevalier Paul assurant une protection du ciel et des sous-marins. Le porte-avion Charles de Gaulle se tiendrait en retrait, il pourrait rejoindre la région en trois jours. La France dispose de missiles de hautes précisions, SCALP-EG d’une portée de trois cent kilomètres. Les raids pourraient partir des bases françaises de Djibouti ou d’Abou Dhabi ou de la base de l’Otan en Turquie.

La décision du président américain d’attendre le 9 septembre que le Congrès se réunisse, peut lui donner du temps pour connaitre les conclusions des émissaires de l’ONU. Cette hypothèse lui permettrait de ne pas s’engager seul dans le conflit. Si l’ONU révélait l’utilisation d’armes chimiques, une résolution pourrait être adoptée et recevoir le soutien éventuel de pays occidentaux voire de la Russie et de la Chine. Cependant, cette hypothèse est loin de convaincre tous les spécialistes étant donné que beaucoup de pays veulent régler le conflit syrien de manière politique et non militaire. Quoi qu’il en soit, plus la communauté internationale attend pour intervenir, plus l’efficacité d’une attaque diminue et donne la possibilité à Bachar al-Assad de se préparer.

 

Etats-Unis : réactions excessives face aux menaces terroristes

10 Août

Les mesures extrêmes pour protéger les ambassades américaines d’une attaque terroriste laissent planer le doute sur les intentions réelles de l’administration Obama

Depuis le début du mois d’août, les Etats-Unis  multiplient les mesures pour évacuer son personnel diplomatique et ses ressortissants du Yémen et d’autres ambassades au Moyen Orient et en Afrique  pour cause de menaces terroristes sérieuses. Or, ces dispositions sont jugées exagérées voire même douteuses par plusieurs analystes et blogueurs compte tenu des menaces perpétuelles proférées par Al-Qaïda.

Les Etats-Unis et le Royaume Unis ont fait évacuer une dizaine d’employés de leur ambassade au Yémen mardi 7 août et ont exhorté ses ressortissants à quitter le pays invoquant une menace terroriste imminente et très sérieuse d’Al-Qaïda au Proche Orient (AQPA). Ces précautions font suite à la fermeture d’une vingtaine d’ambassades américaines au Moyen Orient, en Afrique et au Pakistan. Selon Michael McCaul, président de la Commission de la sécurité intérieure de la Chambre des représentants, il s’agirait « d’une des menaces les plus crédibles et les plus précises depuis le 11 septembre ». L’alerte internationale lancée par les Etats-Unis a été entendue par ses alliés occidentaux.  Londres a fait évacuer le personnel de son ambassade à Sanaa et mis en état d’alerte sa marine marchande. La France et l’Allemagne ont fermé leur ambassade. Les Pays Bas et la Belgique ont quant à eux conseillé aux ressortissants de quitter le Yémen « au plus vite ». L’Italie a tenu à mettre en garde ses compatriotes du risque élevé d’enlèvements.

Ces initiatives ne sont pas étrangères aux éventuelles conséquences des attaques de drones américains dans l’Est de Sanaa ce même mardi 7 août. Quatre missiles ont en effet tué quatre membres présumés d’Al-Qaïda à bord d’un véhicule. D’après le ministère de la Défense yéménite, au moins l’un d’eux était fiché sur une liste de vingt cinq suspects qui « planifiaient des attaques terroristes durant les derniers jours du ramadan ».

Une ingérence occidentale inacceptable pour Al-Qaïda

L’interception de messages électroniques et postaux entre le numéro un d’Al-Qaïda,

Ayman al Zawahiri

Ayman al Zawahiri (Photo credit: fotosinteresantes)

et le chef d’AQPA, Nasser al-Whaychi aurait poussé les Etats-Unis à lancer cette alerte à toutes les ambassades, selon le New York Times et CNN. Un regain des discussions entre des membres de l’organisation terroriste et des résidents américains telles que l’on n’en avait pas vu depuis les attentats du World Trade Center seraient aussi à l’origine de ces résolutions.

Interrogé par Le Monde le 6 août, Dominique Thomas, spécialiste des réseaux djihadistes à l’EHESS, a admis que la réaction des Etats-Unis était « exagérée » tout en affirmant que l’ingérence des américains dans la politique yéménite était insupportable pour Al-Qaïda. « Al-Qaïda a autant envie de frapper les Etats-Unis aujourd’hui qu’il y a deux mois, un an ou dix ans. Ce désir est décuplé par la politique de frappes de drones au Yémen depuis 2009 qui a décimé plus d’une vingtaine de chefs en trois ans ». Il ajoute que l’ingérence de Washington, comme des autres capitales occidentales, dans la politique yéménite et la présence militaire américaine dans le Sud du pays (la base aérienne d’Aden) est une raison pour l’organisation terroriste de fomenter des attentats. « Cela constitue une jurisprudence pour les Etats-Unis, qui ne veulent désormais plus prendre de risque » explique Dominique Thomas. Rappelons qu’en 2012 l’ambassade américaine de Benghazi a été attaquée, ainsi que celle de Sanaa en 2008 faisant plus de dix neuf morts.

Des mesures exagérées et douteuses

La thèse officielle est loin de faire l’unanimité chez tous les journalistes et blogueurs. En effet, certains ne gobent pas la version selon laquelle les Etats-Unis seraient vraiment menacés. Il s’agirait plutôt d’une tactique politique pour faire diversion après les scandales qui ont éclaboussé l’administration Obama.

Le magazine Le Point avance l’hypothèse de l’utilisation de la peur par Washington pour justifier ces actes. On ne peut pas passer à côté de la comparaison avec les manipulations de l’administration de Georges W. Bush en 2001 pour rentrer en guerre. Les Etats-Unis avaient plongé le monde dans la peur en prétextant que Saddam Hussein possédait des armes de destructions massives afin de légitimer la seconde Guerre du Golfe. Pour reprendre la citation du Point emprunté à Machiavel : « Maintenir les hommes dans la peur, c’est les maintenir sous un grand pouvoir ». Depuis les annonces américaines de risques d’attentats, il n’y a toujours pas eu de d’attaques. En revanche, un climat de peur s’est instauré aux Etats-Unis comme sur le vieux continent.  Par ailleurs, ni François Hollande, ni Angela Merkel n’ont reçu une copie des communications entre les terroristes ou d’autres informations justifiant ces craintes.

Pour certains journalistes ces menaces tombent à pic pour faire diversion après le scandale des écoutes téléphoniques de la NSA tout en justifiant leurs utilisations. Républicains ou démocrates ne s’en cachent pas. Le sénateur républicain Lindsey Graham a déclaré sur CNN que le « programme de la NSA prouvait sa valeur une fois encore ».

Ces « manipulations » politiques donnent un nouvel élan aux adeptes de la théorie du complot, discréditant Barack Obama qui voulait se détacher de la politique de son prédécesseur. Réalité ou invention, la coïncidence n’en reste pas moins flagrante.

Russie : Poutine ou le pouvoir liberticide de la presse

9 Juil
Kommersant

Kommersant (Photo credit: Wikipedia)

Dans l’Oural, une journaliste risque 20 ans de prison pour avoir osé s’attaquer à l’élite locale

En Russie, la liberté de la presse se réduit comme une peau de chagrin. La presse écrite relativement épargnée par le monopole de l’Etat est en train de perdre du terrain. Les journaux sont rachetés par de grands groupes industriels à la tête desquels se trouvent des oligarques russes proches du président Vladimir Poutine. Les principales chaînes de télévision sont sous la coupe de l’Etat. La télévision étant quasiment toujours allumée dans les foyers russes, les gouvernements successifs ont rapidement compris que le contrôle de l’audiovisuel était un bon moyen de trier les informations diffusées à la population.

300 journalistes tués depuis 1991

Les meurtres et les menaces sont le prix à payer pour être un journaliste indépendant en Russie. Anna Politkoskaïa, journaliste pour Novaïa Gazeta, un des derniers bastions du journalisme indépendant, a été assassinée le 7 octobre 2006. Elle est la 22ème journaliste assassinée depuis l’arrivée de Vladimir Poutine au pouvoir et l’une des six victimes au sein de la rédaction du quotidien. La reporter couvrait la guerre en Tchétchénie, dénonçant les atrocités commises par l’armée et les manquements évidents aux Droits de l’Homme. Trois cents journalistes ont perdu la vie depuis la chute de l’URSS en 1991. Selon le rapport annuel de Reporter Sans Frontières (RSF), la Russie se place au 148ème rang du classement 2013 des pays qui respectent la liberté de la presse. Elle a perdu six places depuis l’année précédentes. Le retour de Poutine au pouvoir n’est surement pas étranger à ce nouveau classement. RSF dénonce dans ce nouveau rapport l’impunité des assassins de journalistes qui s’en sortent très facilement sans que jamais le nom des commanditaires ne soit dévoilé.

En tant qu’observateurs extérieurs, les journalistes étrangers ne peuvent que dénoncer le manque de liberté de la presse dans ce pays, les menaces et les meurtres dont sont victimes les journalistes qui osent s’attaquer au Kremlin. L’autocensure des journalistes s’est instaurée sans que Moscou n’intervienne, pour éviter tout problème avec le gouvernement, avec les gouverneurs des régions et pour garder son emploi dans un pays en crise. Un article qui dérange peut vous valoir la vie. Quant aux journalistes indépendants, ils ne sont soutenus que par une poignée de personnes. La population a tendance à se désintéresser du sort des journalistes, comme cela a été le cas pour Anna Politkoskaïa. Ses assassins ont été relâchés sans que cela provoque d’indignation de la part des Russes.

Ne tirez pas, je suis journaliste

Le dernier acte de malveillance envers un journaliste russe ne remonte qu’à quelques jours. Aksana Panova, journaliste pour le site Znak.com, situé dans la ville d’Ekaterinbourg, 3ème ville du pays, risque vingt ans de prison. Quatre chefs d’accusation pèsent sur elle dans son procès qui a débuté le 25 juin. La journaliste a choisi de dévoiler, via son site, les abjections des élites locales, mettant en cause des membres du gouvernement fédéral dans des affaires de corruption. Si elle est difficilement tolérée à Moscou, la liberté de la presse est tout simplement proscrite dans certaines régions. Dans cette ville d’Oural, les élites attendent des médias un soutien sans failles. Les actes odieux envers Aksana Panova ont commencé en septembre 2012. La journaliste un peu trop indépendante a d’abord été accusée de vol, entrainant une perquisition de choc à son domicile par des policiers encagoulés et une série d’intimidation auprès de ses proches. Enceinte à ce moment-là, Aksana Panova a fait une fausse couche. Depuis, les chefs d’inculpation ne cessent de pleuvoir : abus de pouvoir, chantage ou encore escroquerie à grande échelle. Selon la journaliste, le but de ces manœuvres est de sanctionner sa ligne éditoriale trop critique à l’égard du pouvoir. « Pas moins de vingt enquêteurs travaillent à temps plein sur mon cas. C’est du jamais-vu. Il leur a fallu seulement trois semaines pour boucler un volet de l’enquête qui aujourd’hui se compose de vingt-six tomes », explique-t-elle.

En mars 2012, juste après les élections présidentielles entachées de fraude, l’hebdomadaire Kommersant Vlast, une antenne du grand quotidien Kommersant, avait publié une photo d’un bulletin de vote où il était écrit « Poutine, va te faire foutre ». Le propriétaire du Kommersant Alicher Ousmanov, oligarque russe proche de Vladimir Poutine, a aussitôt licencié le rédacteur en chef Maksim Kovalski. Depuis, l’hebdomadaire se cantonne à l’actualité internationale, moins risquée à traiter que la politique intérieure.

Quelques bastions de la liberté de la presse perdurent en Russie. Novaïa Gazeta et The New Times sont les seuls médias de presse écrite à être encore indépendant. Malgré la mort de six de leurs collègues, dont celle d’une journaliste stagiaire de 25 ans, Anastassia Babourova en 2007, la rédaction de Novaïa Gazeta, poussée par la jeune génération, continue à croire en son indépendance face à un pouvoir toujours plus liberticide et à se battre pour donner une vision réaliste de la Russie. « Je suis réaliste, je comprends qu’en Russie les choses sont jouées pour les seize ans à venir au moins. Poutine et Medvedev vont se succéder sans rien lâcher du pouvoir. Mais moi je vis dans un cercle de gens qui pensent. Ce sont mille ou cent mille personnes peut-être en Russie, j’écris pour eux » a déclaré Arkadi Babtchenko, journaliste spécialisé de l’armée.

Un long chemin à parcourir

En Novembre 2010, Oleg Kachine, reporter pour le Kommersant a été passé à tabac devant chez lui. Il suivait des mouvements d’opposition, notamment dans le cadre de manifestations contre la construction d’une autoroute. Son cas a ému des journalistes scandalisés par cette violence, offrant une plus large couverture médiatique à cette nouvelle affaire qu’à celle d’Anna Politkoskaïa. Mais la liberté des journalistes indépendants est loin de s’améliorer. En 2012, Oleg Kachine a été renvoyé, jugé trop militant par son employeur.

Rubygate : Berlusconi se relèvera-t-il de sa condamnation ?

8 Juil
Silvio Berlusconi

Silvio Berlusconi (Photo credit: Wikipedia)

Silvio Berlusconi

Silvio Berlusconi (Photo credit: Wikipedia)

Le Cavaliere écope de 7 ans de prison dans l’affaire Rubygate pour prostitution de mineur et abus de pouvoir

Silvio Berlusconi a été condamné à sept ans de prison et une interdiction à vie d’exercer un mandat public par le parquet de Milan dans l’affaire du Rubygate. L’ancien Président du Conseil italien est loin d’avoir dit son dernier mot. Il a dénoncé « un verdict violent » et a juré qu’il « résisterait à la persécution ».

Condamné pour deux délits

Le Cavaliere a été accusé d’avoir eu des relations sexuelles tarifées avec Karima Al Mahroug alias Ruby alors qu’elle était encore mineure. Silvio Berlusconi a nié avoir eu des rapports avec la jeune marocaine. Il a ajouté qu’il ignorait qu’elle était mineure lorsqu’il l’a invitée à des soirées entre février et mai 2010. Bien que Ruby a nié, l’accusation a démontré que la jeune femme se livrait à la prostitution dans la ville de Milan et avait reçu de très grosses sommes de la part du Cavaliere. Les écoutes téléphoniques ont dévoilé des détails plus que convainquant sur les « bunga-bunga », les orgies organisées au domicile de l’ancien Président du Conseil. Le procureur Ilda Boccassini a fermement dénoncé le « système de prostitution mis en place pour la satisfaction sexuelle personnelle de Silvio Berlusconi », précisant que si Ruby nie en bloc avoir eu des relations sexuelles c’est « parce qu’elle a reçu plus de 4.5 millions d’euros en trois mois ».

Le Cavaliere a également été accusé d’abus de pouvoir pour avoir usé de son statut politique pour libérer Ruby, accusée de vol. Mettant en avant le risque d’incident diplomatique il a prétendu qu’elle était de la famille d’Hosni Moubarak. Les magistrats n’ont pas accrédité cette version. Ils n’ont pas cru non plus les femmes présentes lors des orgies qui ont témoigné en faveur de Berlusconi, mettant en avant le fait qu’elles étaient toujours logées et soutenues financièrement par l’ancien Président du Conseil.

Innocent tant qu’on n’a pas prouvé qu’il est coupable

Silvio Berlusconi n’est pourtant pas encore en route pour la prison. Il sera libre et innocent aux yeux de la loi tant que le jugement de sera pas passé et validé en appel et devant la Cour de cassation, conformément à la loi italienne. Si les responsables du Peuple de la liberté (PDL) ont dénoncé « un coup d’Etat », une « justice morte », la ligne officielle du PDL consiste à dissocier le sort du gouvernement, dont il fait partie, et le sort de son leader, Silvio Berlusconi. Il n’a d’ailleurs pas manqué d’attaquer le gouvernement, se sentant trahi par son manque de soutien, lui qui espérait obtenir un poste de sénateur à vie pour échapper à toutes les poursuites judiciaires. En effet,  le Cavaliere a été condamné à quatre ans de prison par la Cour d’appel de Milan pour fraude fiscale dans le procès qui implique sa société Mediaset. La Cour de cassation devrait statuer à l’automne.

Cependant, le Cavaliere a une autre carte dans sa manche. S’il décide de retirer son soutien à son parti et au gouvernement de coalition, il pourrait provoquer la chute de celui-ci et entraîner de nouvelles élections qui le ramènerai éventuellement à la tête du gouvernement et donc lui éviter toute condamnation définitive. Depuis son entrée en politique en 1994, Silvio Berlusconi a été condamné à un total de onze ans et cinq mois de prison ferme dans plusieurs affaires sans qu’aucun jugement n’ai jamais été définitif et appliqué.