Tag Archives: Anna Politkovskaïa

Hypocrisie, Espoir, Rassemblement

9 Jan

Il faut des morts pour que les populations se rassemblent

Hypocrisie. La France n’est pas le seul pays attaqué par des terroristes, la France n’est pas le seul pays à vivre dans la peur d’une nouvelle attaque. Il n’y a pas que nos journalistes qui sont assassinés : les journalistes américains James Foley le 19 août et Steven Sotloff le 2 septembre ont été décapités par l’Etat islamique. Plusieurs journalistes de Charlie Hebdo étaient sous protection policière. Dans un pays où l’on se dit choqué par ce qui c’est passé le 7 janvier, le plus choquant eut été que ces journalistes en France auraient dû pouvoir faire leur travail, faire valoir la liberté de penser, d’expression et la liberté de presse sans avoir peur pour leur vie. Les caricaturistes du journal n’étaient pas les premiers à subir les menaces d’extrémistes à cause de leurs dessins. Le dessinateur danois Kurt Westergaard, auteur des premières caricatures de Mahomet en 2005, a échappé de peu à un attentat le 1er janvier 2010. Nombres de journalistes russes ont payé de leur vie pour faire vivre la liberté de la presse : Anastassia Babourova 25 ans, Anna Politkovskaïa ou Igor Domnikov du journal Novaïa Gazeta ont été tués pour avoir osé faire face au pouvoir et faire valoir la liberté d’expression.

La guerre est partout

Il est parfaitement normal de réagir comme nous le faisons en ce moment face à cette attaque en notre sein. Mais il ne faut pas se voiler la face, ces horreurs se passent tous les jours autour de nous, dans des pays plus ou moins proches, dans des états plus ou moins démocratiques mais avec la même volonté de la part des populations de vivre libres sous les valeurs de la démocratie.

Il ne faut pas être égoïste en ne voyant que nos malheurs, que cette attaque. Il y a tellement de pays et de populations qui souffrent tous les jours depuis bien trop longtemps sous le joug d’extrémistes, de dictateurs. Nous voyons tous les jours dans la presse des attentats, des morts. Nous connaissons parfaitement les pays, les responsables de cette nouvelle guerre mondiale. La Syrie est sous les feux depuis le 15 mars 2011, confrontée à une guerre civile pour le droit à la démocratie. L’Afghanistan doit toujours se battre contre les talibans, le Sahel est sous l’emprise d’Aqmi, de Boko haram. Le Pakistan fait face à des attaques meurtrières de la part des talibans pakistanais (TTP); le 16 décembre, 132 enfants sont morts dans une école contrôlée par l’armée. Les ukrainiens sont en guerre contre la Russie pour préserver leur nouvelle démocratie si fragile. Pour nous, français ce qui est choquant c’est une attaques sur notre sol, la mort de journalistes en France, en plein Paris.

Rassemblement

Hypocrisie. Il y a des tentatives d’attentats qui sont déjoués tous les jours par les renseignements. Nous connaissons le danger terroristes, nous le voyons dans le monde, nous le voyons se rapprocher de nos frontières. Nous voyons dans les médias, des français partir au djihad dans des pays en guerre, s’attaquer à nos valeurs de tolérance, de libertés comme l’a fait Mohammed Merah. Les renseignements ont listés ces personnes dangereuses, ils les surveillent, nous le savons.

Des civils meurent tous les jours dans le monde à cause des terroristes. Mais il ne faut pas oublier que nos soldats tombent aussi pour défendre les valeurs de la République, pour les diffuser au-delà de nos frontières car tout homme a le droit de vivre libre. Ils donnent leur vie, ils font face aux horreurs de la guerre, à des attaques comme celle que nous avons vécu, pour essayer de nous protéger, pour nous éviter de vivre ce que nous avons vécu en ce 7 janvier 2015.

Nous ne nous y attendions pas, nous ne pensions pas être touché sur notre territoire, nous ne pensions pas que nos journalistes seraient la cible de l’obscurantisme des extrémistes religieux. Mais encore une fois, nous ne sommes pas le seul pays à subir ces attaques. Les Etats Unis ont vécu ce genre de drame le 15 avril 2013 lors des attentats de Boston, Londres en 2005 Madrid en 2004. Le Nigéria a vu 276 lycéennes, des enfants kidnappés par des extrémistes l’année dernière. La guerre du terrorisme couve depuis des décennies.

Cabu… vous ne serez pas morts en vain. Votre volonté de vous battre pour la liberté de la presse ne mourra pas avec vous.

Espoirs. Comme il y a soixante-dix ans face à l’envahisseur nazi, les français, les citoyens, savent se rassembler, pleurer pour faire vivre ce que nos aînés ont mis tant de temps, tant de sang à nous faire connaitre. la LIBERTE. Nous sommes TOUS Charlie.

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Russie : Poutine ou le pouvoir liberticide de la presse

9 Juil
Kommersant

Kommersant (Photo credit: Wikipedia)

Dans l’Oural, une journaliste risque 20 ans de prison pour avoir osé s’attaquer à l’élite locale

En Russie, la liberté de la presse se réduit comme une peau de chagrin. La presse écrite relativement épargnée par le monopole de l’Etat est en train de perdre du terrain. Les journaux sont rachetés par de grands groupes industriels à la tête desquels se trouvent des oligarques russes proches du président Vladimir Poutine. Les principales chaînes de télévision sont sous la coupe de l’Etat. La télévision étant quasiment toujours allumée dans les foyers russes, les gouvernements successifs ont rapidement compris que le contrôle de l’audiovisuel était un bon moyen de trier les informations diffusées à la population.

300 journalistes tués depuis 1991

Les meurtres et les menaces sont le prix à payer pour être un journaliste indépendant en Russie. Anna Politkoskaïa, journaliste pour Novaïa Gazeta, un des derniers bastions du journalisme indépendant, a été assassinée le 7 octobre 2006. Elle est la 22ème journaliste assassinée depuis l’arrivée de Vladimir Poutine au pouvoir et l’une des six victimes au sein de la rédaction du quotidien. La reporter couvrait la guerre en Tchétchénie, dénonçant les atrocités commises par l’armée et les manquements évidents aux Droits de l’Homme. Trois cents journalistes ont perdu la vie depuis la chute de l’URSS en 1991. Selon le rapport annuel de Reporter Sans Frontières (RSF), la Russie se place au 148ème rang du classement 2013 des pays qui respectent la liberté de la presse. Elle a perdu six places depuis l’année précédentes. Le retour de Poutine au pouvoir n’est surement pas étranger à ce nouveau classement. RSF dénonce dans ce nouveau rapport l’impunité des assassins de journalistes qui s’en sortent très facilement sans que jamais le nom des commanditaires ne soit dévoilé.

En tant qu’observateurs extérieurs, les journalistes étrangers ne peuvent que dénoncer le manque de liberté de la presse dans ce pays, les menaces et les meurtres dont sont victimes les journalistes qui osent s’attaquer au Kremlin. L’autocensure des journalistes s’est instaurée sans que Moscou n’intervienne, pour éviter tout problème avec le gouvernement, avec les gouverneurs des régions et pour garder son emploi dans un pays en crise. Un article qui dérange peut vous valoir la vie. Quant aux journalistes indépendants, ils ne sont soutenus que par une poignée de personnes. La population a tendance à se désintéresser du sort des journalistes, comme cela a été le cas pour Anna Politkoskaïa. Ses assassins ont été relâchés sans que cela provoque d’indignation de la part des Russes.

Ne tirez pas, je suis journaliste

Le dernier acte de malveillance envers un journaliste russe ne remonte qu’à quelques jours. Aksana Panova, journaliste pour le site Znak.com, situé dans la ville d’Ekaterinbourg, 3ème ville du pays, risque vingt ans de prison. Quatre chefs d’accusation pèsent sur elle dans son procès qui a débuté le 25 juin. La journaliste a choisi de dévoiler, via son site, les abjections des élites locales, mettant en cause des membres du gouvernement fédéral dans des affaires de corruption. Si elle est difficilement tolérée à Moscou, la liberté de la presse est tout simplement proscrite dans certaines régions. Dans cette ville d’Oural, les élites attendent des médias un soutien sans failles. Les actes odieux envers Aksana Panova ont commencé en septembre 2012. La journaliste un peu trop indépendante a d’abord été accusée de vol, entrainant une perquisition de choc à son domicile par des policiers encagoulés et une série d’intimidation auprès de ses proches. Enceinte à ce moment-là, Aksana Panova a fait une fausse couche. Depuis, les chefs d’inculpation ne cessent de pleuvoir : abus de pouvoir, chantage ou encore escroquerie à grande échelle. Selon la journaliste, le but de ces manœuvres est de sanctionner sa ligne éditoriale trop critique à l’égard du pouvoir. « Pas moins de vingt enquêteurs travaillent à temps plein sur mon cas. C’est du jamais-vu. Il leur a fallu seulement trois semaines pour boucler un volet de l’enquête qui aujourd’hui se compose de vingt-six tomes », explique-t-elle.

En mars 2012, juste après les élections présidentielles entachées de fraude, l’hebdomadaire Kommersant Vlast, une antenne du grand quotidien Kommersant, avait publié une photo d’un bulletin de vote où il était écrit « Poutine, va te faire foutre ». Le propriétaire du Kommersant Alicher Ousmanov, oligarque russe proche de Vladimir Poutine, a aussitôt licencié le rédacteur en chef Maksim Kovalski. Depuis, l’hebdomadaire se cantonne à l’actualité internationale, moins risquée à traiter que la politique intérieure.

Quelques bastions de la liberté de la presse perdurent en Russie. Novaïa Gazeta et The New Times sont les seuls médias de presse écrite à être encore indépendant. Malgré la mort de six de leurs collègues, dont celle d’une journaliste stagiaire de 25 ans, Anastassia Babourova en 2007, la rédaction de Novaïa Gazeta, poussée par la jeune génération, continue à croire en son indépendance face à un pouvoir toujours plus liberticide et à se battre pour donner une vision réaliste de la Russie. « Je suis réaliste, je comprends qu’en Russie les choses sont jouées pour les seize ans à venir au moins. Poutine et Medvedev vont se succéder sans rien lâcher du pouvoir. Mais moi je vis dans un cercle de gens qui pensent. Ce sont mille ou cent mille personnes peut-être en Russie, j’écris pour eux » a déclaré Arkadi Babtchenko, journaliste spécialisé de l’armée.

Un long chemin à parcourir

En Novembre 2010, Oleg Kachine, reporter pour le Kommersant a été passé à tabac devant chez lui. Il suivait des mouvements d’opposition, notamment dans le cadre de manifestations contre la construction d’une autoroute. Son cas a ému des journalistes scandalisés par cette violence, offrant une plus large couverture médiatique à cette nouvelle affaire qu’à celle d’Anna Politkoskaïa. Mais la liberté des journalistes indépendants est loin de s’améliorer. En 2012, Oleg Kachine a été renvoyé, jugé trop militant par son employeur.