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Intervention en Syrie : qui, quand, comment ?

7 Sep
G20

G20 (Photo credit: The Prime Minister’s Office)

Le G20, qui se tient actuellement en Russie, cristallise les divisions entre les pays sur une éventuelle intervention militaire contre le régime de Bachar al-Assad

 

Les États-Unis et la France, pays favorables à une intervention militaire sans mandat de l’ONU, veulent lancer des frappes aériennes en Syrie afin de sanctionner le dictateur pour avoir utilisé des armes chimiques contre sa population

 

 

Les résolutions de l’ONU étant bloquées par la Russie et la Chine, les États-Unis et la France se sont donnés pour missions d’intervenir militairement en Syrie avec ou sans mandat de l’Organisation des Nations Unies afin de stopper rapidement les attaques à l’arme chimique perpétrées par l’armée de Bachar al-Assad. Les populations et la communauté internationale sont fortement divisées sur la question, Washington et Paris semblent bien isolés.

Depuis les répressions sanglantes des manifestations de 2011, l’ONU a proposé trois résolutions bloquées par la Russie et la Chine par intérêts et par refus d’ingérence extérieures dans les affaires intérieures d’un pays. Il faut attendre le 21 août 2013 pour que l’éventualité d’une utilisation d’armes chimiques contre la population soit admise par la communauté internationale grâce aux images de victimes de frappes. La France et les États-Unis affirment avoir des preuves justifiant une intervention militaire imminente en Syrie pour protéger la population. Cependant, depuis l’utilisation de faux documents par les Américains affirmant que Saddam Hussein utilisait des armes de destruction massive, la communauté internationale préfère se fier aux conclusions du rapport de la mission de l’ONU envoyée sur place du 26 au 31 août. Le 31 août le revirement de Barack Obama souhaitant recevoir l’aval du Congrès américain avant toute intervention n’a pas fait changer d’avis le président français toujours déterminé à agir au plus vite. Mardi 4 septembre, François Hollande a déclaré que si le Congrès ne donnait pas son feu vert la France « prendrait ses responsabilités en soutenant l’opposition » syrienne.

Divisions sur la scène internationale

Le G20, établi en Russie, a montré l’isolement des États-Unis et de la France. Le président de la République française n’a d’ailleurs pas pu compter sur le soutien de ses homologues européens pour former une coalition afin d’intervenir militairement.  David Cameron a dû se ranger à l’avis du Parlement rejetant toute intervention militaire. L’Italie ne souhaite pas intervenir sans mandat de l’ONU. Angela Merkel a déclaré que l’Allemagne « ne s’associera en aucun cas à une action militaire » et que « cette guerre doit prendre fin et cela ne se fera que politiquement ». Le porte-parole de la délégation chinoise au G20, Qin Gang a également déclaré que « la situation actuelle montre que la solution politique est la seule voix », « les conclusions de l’enquête » de l’ONU sur l’usage d’armes chimiques « seront la base de la prochaine étape ». Herman Van Rompuy (président permanent du Conseil européen) et José Manuel Barroso (président de la Commission européenne) ont appelé à une solution politique pour mettre fin au conflit.

Les membres d’une hypothétique coalition se comptent sur les doigts de la main. La Turquie approuve une intervention militaire punitive contre la Syrie, même si l’on peut soupçonner la volonté du président Recep T. Erdogan de redorer son blason sur la scène internationale et de protéger ses frontières. Les Émirats Arabes, le Koweït et le Maroc sont prêts à fournir de l’aide tout comme la Croatie, le Danemark, la Grèce, la Lettonie, la Roumanie et Chypre.

Moyens militaires et stratégies de guerre

Si intervention il y a, il n’est pas question d’envoyer des troupes au sol ou de faire durer une présence internationale aux abords de la Syrie. Une campagne de frappes ponctuelles de quelques heures par jour viserait des cibles précises telles que des dépôts de munitions de l’armée, des infrastructures stratégiques comme des postes de commandement, des bases aériennes ou encore des dépôts de carburant. Le but étant de ne pas renverser le dictateur mais de lui faire subir un coup de semonce et de réduire ses forces de frappe.

En France, la Constitution stipule que le chef des armées, le président de la République a tous les droits en ce qui concerne la décision d’entrée en guerre. Le Parlement doit juste être informé des opérations en cours dans les trois jours. En revanche, il a la garde du budget de la Défense. Au États-Unis, le président a les mêmes pouvoirs décisionnaires. En revanche le Congrès peut obliger le président à faire revenir les troupes.

Depuis plusieurs mois, Washington positionne dans la région des missiles Tomahawks d’une portée de mille kilomètres, envoyés depuis des avions, des navires ou les bases du Golfe ou de Djibouti. Le Pentagone a renforcé ses moyens : en Mer Rouge se trouve la Vème flotte composée de deux porte-avions les plus modernes, l’USS Truman et Nimitz munis de quatre vingt dix chasseurs. En Méditerranée, cinq croiseurs lance-missiles ont été positionnés face à la Syrie contenant chacun cent cinquante Tomahawks, ainsi qu’un nombre inconnu de sous-marins d’attaque lanceurs d’engins.

Paris a dépêché des moyens d’écoute et de renseignement, des sous-marins d’attaque, des Rafales et des Mirages ainsi que la frégate ultramoderne Chevalier Paul assurant une protection du ciel et des sous-marins. Le porte-avion Charles de Gaulle se tiendrait en retrait, il pourrait rejoindre la région en trois jours. La France dispose de missiles de hautes précisions, SCALP-EG d’une portée de trois cent kilomètres. Les raids pourraient partir des bases françaises de Djibouti ou d’Abou Dhabi ou de la base de l’Otan en Turquie.

La décision du président américain d’attendre le 9 septembre que le Congrès se réunisse, peut lui donner du temps pour connaitre les conclusions des émissaires de l’ONU. Cette hypothèse lui permettrait de ne pas s’engager seul dans le conflit. Si l’ONU révélait l’utilisation d’armes chimiques, une résolution pourrait être adoptée et recevoir le soutien éventuel de pays occidentaux voire de la Russie et de la Chine. Cependant, cette hypothèse est loin de convaincre tous les spécialistes étant donné que beaucoup de pays veulent régler le conflit syrien de manière politique et non militaire. Quoi qu’il en soit, plus la communauté internationale attend pour intervenir, plus l’efficacité d’une attaque diminue et donne la possibilité à Bachar al-Assad de se préparer.

 

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L’utilisation d’armes chimiques dans les guerres du XXème siècle

6 Juin
Sarin gas victim, Syria

Sarin gas victim, Syria (Photo credit: Ninian Reid)

Le Ministre des Affaires étrangères françaises et l’Onu ont confirmé l’emploi de gaz sarin dans la guerre opposant les rebelles syriens et le président Bachar al-Assad

Mardi 4 juin, le Ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a confirmé l’utilisation de gaz sarin dans le conflit syrien. Des analyses effectuées grâce à des échantillons fournis par des journalistes du Monde « démontrent la présence de sarin ». « Au regard de ces éléments, la France a désormais la certitude que le gaz sarin a été utilisé en Syrie à plusieurs reprises » a assuré le Quai d’Orsay dans un communiqué. Les scénarii à venir sur les intentions de la communauté internationale restent incertains. Si la responsabilité du gouvernement syrien a été reconnue, il n’en reste pas moins que les rebelles ont pu utiliser également des armes chimiques. De plus, la manière d’intervenir en Syrie pour détruire les stocks d’armes chimiques est en cours d’études.

L’utilisation d’armes chimiques dans les conflits du XXème siècle a connu son apogée au moment des Guerres Mondiales. L’industrialisation des armes et l’évolution technologique de ces dernières a conduit à la création d’armes chimiques de plus en plus sophistiquées.

Les armes chimiques durant les Guerres Mondiales

Le 22 avril 1915 à Ypres, les troupes franco-algériennes ont subi une attaque au chlore. En juillet 1917, la guerre chimique atteint son paroxysme avec l’utilisation de gaz moutarde dans la même région. Les batailles de la Somme et de Verdun sont marquées par l’emploi d’obus à acide cyanhydrique. En septembre 1917, du gaz Clarck à base d’arsines a été utilisé sans que les masques puissent l’arrêter.

En 1935, l’Italie utilise des armes chimiques en Ethiopie enfreignant pour la première fois le Protocole de Genève signé en 1928. En 1939, un peu avant la Seconde Guerre Mondiale, le Japon se sert du gaz moutarde  et de la lewisite au cours de l’invasion de la Chine. Durant la Deuxième Guerre Mondiale, les Allemands débutent la guerre en produisant  78 000 tonnes d’agents chimiques (tabun, sarin, phosgène).

Les armes chimiques dans les conflits récents

L’Après-Guerre, marquée par la Guerre Froide, amorce un tournant décisif : les deux camps rivalisent dans les domaines de la recherche et de la production massive d’armements chimiques de plus en plus sophistiqués. Entre 1963 et 1968, l’Egypte utilise de l’ypérite au Yémen. La guerre d’Afghanistan (1979-1983) offre aux russes un champ d’expérimentation  de nouveaux produits chimiques. Durant la guerre du Vietnam (1975-1983), l’armée américaine utilise en grande quantité des défoliants et des agents antiémeute non létaux, contaminant la population et les cultures avoisinantes pour plusieurs années.

Entre 1982 et 1988, l’Irak utilise des armes chimiques à diverses reprises. Durant la guerre Iran-Irak, l’Irak utilise de l’ypérite, du cyanure et du tabun contre les troupes adverses causant de lourdes pertes. La guerre du Golfe est un tournant majeur dans l’histoire de la guerre chimique. Saddam Hussein devient le 3ème rang mondial avec près de 50 000 obus et bombes à l’ypérite et au sarin. Le dictateur irakien utilise massivement du tabun et de l’ypérite contre les populations kurdes et chiites du Sud, faisant de milliers de morts. De 1987 à 1990, les Etats-Unis reprennent la production d’armes chimiques pour rattraper leur retard face aux soviétiques. En 1995, des attentats terroristes frappent le Japon au gaz sarin.

Les armes chimiques après la CIAC

Afin d’en finir avec ce type d’armes jugées moralement indéfendables condamnant femmes et enfants, la Convention sur l’interdiction des armes chimiques (CIAC) est signée le 13 janvier 1993 à Paris. Ce traité, signé par 186 pays,  interdit la fabrication, le stockage et l’usage d’armes chimiques. De nombreux stocks d’armes sont détruits

Malgré cette Convention, les Etats-Unis ont admis utiliser des explosifs combinés au chlore durant la Guerre en Irak. Aujourd’hui le régime syrien fait fi de la morale, utilisant le sarin contre sa population, un gaz provoquant des convulsions, des arrêts respiratoires, le coma puis la mort. « Nous devons augmenter le faisceau de preuves en notre possession (…) avant de prendre une décision » a déclaré le porte-parole de Barack Obama, Jay Carrey. Bien que la ligne rouge, l’utilisation d’armes chimiques selon l’appellation américaine,  ait été franchie la Maison Blanche semble jouer la prudence dans l’éventualité d’une intervention militaire internationale. Une intervention internationale s’éloigne peu à peu.