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L’armée paye le tribut du déficit public

15 Mai

De nouvelles coupes dans le budget de la Défense menace la puissance d’intervention de la France

 

Les chiffres annoncés dimanche 11 mai par le député Xavier Bertrand sur de nouvelles coupes dans le budget de la Défense ont eu le mérite de secouer la sphère politique et militaire. Selon des sources militaires, proches de l’ancien Ministre du Travail, le gouvernement aurait l’intention de réduire le budget de l’armée de 1.8 à 2 milliard d’euros par an sur trois ou quatre années. Le Ministre des Finances, Michel Sapin est tout de suite monté au crénau pour démentir les chiffres avancés sans nier que l’armée allait devoir faire de nouveaux efforts. « La France doit faire un effort en terme de maîtrise de ses dépenses publiques, tous les militaires feront un effort mais le ministère de la Défense est un ministère qui doit être à la hauteur des enjeux de la sécurité de la France » a t-il rétorqué dans l’hémicycle.

La France menacée dans sa capacité d’intervention?

Ces annonces contredisent les déclarations du chefs des armées, François Hollande, qui avait promis de sanctuariser le budget de la Défense en 2014. L’armée a déjà consenti à beaucoup de sacrifice : 34 000 postes vont être supprimés d’ici 2019 sur les 280 000 que compte l’armée. Le budget annuel alloué aux forces armées est de 31.4 milliard d’euros. Il s’agit certes d’un budget conséquent mais il comporte des failles et une diminution ferait craindre des conséquences sur la puissance de frappes, l’industrie française et beaucoup d’autres domaines. Les militaires craignent de devoir sacrifier des programmes de modernisation ou de reporter l’achat d’avions ravitailleurs. 1600 soldats français sont actuellement en poste au Mali, plus de 2000 en Centrafrique et un millier au Tchad. Depuis 1995, l’armée a subit de nombreuses coupes budgétaires, les experts craignent que la France ne puisse plus faire d’interventions seule comme ce fut le cas au Mali en janvier 2013. Le paradoxe de ces coupes budgétaires est l’augmentation des menaces terroristes et géopolitiques. Pierre Servent, journaliste spécialisé des les questions militaires a déclaré à ce sujet: « Ceux qui disent que le budget de la Défense est un gros budget, qu’on peut taper dedans, c’est ceux qui pleuront demain en demandant pourquoi on ne peut pas intervenir à la fois au Mali, à la fois au Centrafrique… ».

SA330 Puma ALAT

Hélicoptère de manoeuvre SA330 Puma de l’Aviation Légère de l’Armée de Terre (ALAT)
(Photo André BOUR)
Du matériel obsolète, des effectifs rongés

Les véhicules de transport de troupes engagés en Centrafrique sont à bout de souffle, certains ont plus de trente ans d’âge, et de nombreuses pannes sont à déplorer. Or, tout le materiel militaire coûte cher à entretenir ou à racheter. Les nouvelles technologies engagées dans nos armées, nécessaires pour maintenir la France à son rang sur la scène internationale, est clairement menacé par ces coupes perpétuelles.  L’ALAT (Aviation Légères de l’Armée de terre) c’est-à-dire les hélicoptères sont particulièrement touchés par ce manque de moyens. Les Pumas et les Gazelles dépassent la quarantaine d’années. Sur un hélicoptère en vol, un est à terre faute de moyens financiers pour le réparer. Or ce sont des engins indispensables pour les opérations extérieures (OPEX). L’armée de Terre est la première victime car il n’est évidemment pas question de toucher à la dissuasion nucléaire, même si l’on envisage de supprimer la capacité nucléaire des avions embarqués sur le seul porte-avion français, le Charles de Gaulle. Où se feront les coupes budgétaires? Une nouvelle diminution des effectifs est envisageable. Plusieurs casernes vont être fermées. Or tout comme l’achat de materiels, l’innovation et la vie militaire fait vivre l’industrie et nourrit donc l’emploi. Des villes entières vivent autour de ces casernes. Les industries de l’armement sont très inquiètes. En effet, plusieurs projets doivent débuter cette année : le programme Scorpion de modernisation de l’armée de Terre ou encore le projet d’acquisition de drônes de surveillance.

Les chiffres avancés par Xavier Bertrand, relayés par la presse, ne sont pas forcément une réalité. Il s’agit avant tout de propositions à l’étude par Bercy pour trouver les 50 milliards d’euros d’économie promis par le gouvernement. La Loi de Programmation Militaire (LPM) qui établit le budget de la Défense pour les années à venir à été votée en décembre 2013. Il paraît donc difficile de revenir dessus. Il est cependant plus facile de solliciter les militaires respectueux par tradition de l’autorité et contraint au silence par leur statut que d’autres fonctionnaires. Les réponses floues du Ministre des Finances ou de Manuel Valls sur le sujet ou l’absence de réaction du président de la République n’augurent rien de bon.

L’armée a-t-elle encore les moyens de ses actions ?

4 Mai
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English: Pictures of the Marines (France) Army. Français : Photo des Troupes de Marine (France) Armée de terre. (Photo credit: Wikipedia)

La publication du Livre blanc 2013 prévoit de nouvelles coupes dans le budget de la Défense

Le Livre blanc de la Défense 2013 prévoit une baisse du budget alloué aux armées. Selon l’Elysée, le Livre blanc devait concilier le maintien des ambitions de la France dans le monde et des contraintes budgétaires liées à la crise. Des officiers déplorent que la Défense serve de variable d’ajustement budgétaire. S’il est vrai que beaucoup d’administrations doivent se serrer la ceinture, la Défense est très souvent la première victime de la crise. La question que l’on peut se poser est de savoir comment l’armée peut accomplir les missions qui lui sont confiées en rabotant toujours plus ses moyens.

Cette année l’Etat prévoit la suppression de 24 000 postes supplémentaires d’ici 2019, en plus des  54 000 prévues entre 2008 et 2015. Le budget 2013 devrait atteindre 31.4 milliards d’euros, 1.5% du PIB soit une baisse de 0.3% par rapport à l’année dernière. Selon les estimations, le budget Défense devrait atteindre 1.3% du PIB d’ici dix ans. La France n’est pas la seule puissance européenne à voir son budget baisser.  En 1990, les pays européens comptaient 2.5 millions de soldats, 2 millions en 2000 et 1.5 en 2010.

Ajustement des dépenses

Selon l’Elysée, la France a toujours pour ambition de conserver son siège du Conseil de sécurité de l’ONU qui exige d’elle des responsabilités sur la scène internationale et donc des moyens militaires. Cette année, la France a revu à la baisse ses ambitions d’influence en Asie pour se concentrer sur la Méditerranée, le Sahel et le Maghreb. Les moyens de dissuasion vont être préservés. Le renseignement qui garantit à la France une capacité d’appréciation des théâtres d’opération  va être renforcé. Les moyens spatiaux du renseignement militaire retardés jusqu’alors vont être financés. Des drones américains de moyenne altitude vont être acquis. Les forces spéciales qui ont prouvé leur efficacité au Mali seront consolidées ainsi que les capacités de commandement. Les moyens consacrés à la cyberdéfense vont être augmentés, même si le retards de la France dans ce domaine restent très importants.

Les crédits attribués aux programmes d’armement vont diminués de 40% chaque année, l’Etat commandera moins d’hélicoptère, d’avions A400M ou de blindés. L’armée de Terre est la première victime de ces coupes budgétaires avec en premier lieu une réduction de personnel (9000 hommes). L’intervention au Mali a pourtant prouvé l’utilité de l’envoi de troupes. Son contrat opérationnel lui permettant d’envoyer des hommes et des équipements sur un théâtre d’opération pendant plusieurs mois va être divisé par deux. Selon un officier général « l’armée de Terre n’a pas les mêmes puissants lobbys que la Marine et l’armée de l’Air ». La dissuasion nucléaire a été sanctuarisé par le président de la République François Hollande. La Marine qui porte la dissuasion nucléaire a donc réussi à préserver ses principaux programmes. L’armée de l’air devrait renoncer à deux escadrons et une cinquantaine d’appareils.

 Des ambitions, des moyens diminués

« Ce que l’on constate ces dernières années c’est qu’il y a une baisse assez régulière du budget et des effectifs de la défense. Pour autant les missions, les opérations extérieures ne diminuent pas » a déclaré Pierre Servent, journaliste spécialisé dans les questions militaires. Des officiers s’inquiètent de voir leurs moyens réduits quand ils savent que les guerres modernes nécessitent de l’argent. Des hélicoptères et avions de combats aux équipements des fantassins toujours plus technologiques, l’armée moderne coûte cher à l’achat comme à l’entretien. Raboter le budget, diminue les chances des soldats de faire face aux crises de plus en plus complexes et porte atteinte à leur vie. Le chef des armées, le président de la République a besoin de tout un panel de moyens militaires pour faire face aux guerres actuelles. Si l’armée française a encore les moyens de sa politique étrangère, les spécialistes craignent qu’à force de baisser le budget de la Défense la France n’ait plus les moyens d’assumer son rôle sur la scène internationale, sur les théâtres d’opération où elle est présente et de protéger la vie de ses soldats par du matériel à la pointe de la technologie.

Mali : les troupes françaises sont-elles prêtes à partir ?

23 Avr

Les annonces du Président de la République et de ses ministres sur le retrait des troupes françaises du Mali laissent planer le doute sur le respect du calendrier prévu

 

L’inquiétude du Président français sur la capacité de la MISMA (Mission internationale de soutien au Mali) à prendre le relais des soldats français laisse penser que l’opération Serval est loin d’être terminée. Tout en ne remettant pas en cause le calendrier de retrait des troupes, François Hollande a tenu à nuancer celui-ci en insistant sur le danger du retour des islamistes au Mali en cas de départ précipité. « Le retrait de la France sera progressif et sera en fonction de la situation car nous voulons nous assurer que le terrorisme ne reviendra pas au Mali » a-t-il déclaré jeudi 19 avril. Depuis l’annonce du retrait de la France en février, les intentions de l’Etat semblent très confuses.

Engagées depuis le 11 janvier au Mali, le nombre de soldats français a atteint 4000 hommes à son paroxysme. D’ici la fin juillet, 2000 soldats resteront au Mali pour soutenir les troupes africaines qui comptent à ce jour 6300 hommes formés par l’Union européenne.

Français : Venue François Hollande à Rennes le...

Français : Venue François Hollande à Rennes le 27 septembre 2011, Jean-Yves Le Drian, Frédéric Bourcier, Loïg Chesnais-Girard (Photo credit: Wikipedia)

Les différentes déclarations du chef d’Etat et des membres du gouvernement font planer le doute sur le respect du calendrier et surtout sur l’efficacité à long terme d’un retrait après quelques mois de guerre. En effet, en visite à Bamako le 2 février, François Hollande a déclaré devant un public déchaîné : « Nous serons à vos côtés jusqu’au bout ». Cinq jours après, le chef de la diplomatie, Laurent Fabius, annonçait le retrait de la France du Mali à partir de mars. Le 6 mars, au micro d’Europe 1, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian n’a pas confirmé ce calendrier, contournant la question tout en écartant l’idée d’un retrait rapide. Le 20 mars le Président de la République déclarait : « La quasi-totalité du territoire sera revenu à la souveraineté du Mali dans quelques jours ». Le jour même, le Premier Ministre déclarait à l’Assemblée Nationale que le retrait débuterait « à partir de la fin avril ».

Le respect du calendrier  n’est pas la seule dissonance. Les troupes maliennes doivent prendre le relais d’ici la fin de l’été. Cependant,  le premier bataillon de soldats maliens formé par l’Union européenne ne devrait être opérationnel qu’en juillet selon le général français François Lecointre qui commande la mission EUTM (European Union Training Mission Mali). De plus, des spécialistes soulignent le délabrement de l’armée malienne et l’absence d’esprit de corps. L’ancien Ministre de la Défense, Hervé Morin a d’ailleurs déclaré : « Les forces africaines ne sont pas prêtes à prendre le relais, si tant est qu’elles le soient un jour ». La situation sur le terrain est également préoccupante : poursuite d’acte de guérillas dans les villes du Nord, retards sur le plan politique pour la tenue d’élections démocratiques ou absence de conciliation entre les autorités maliennes et les séparatistes Touaregs.  Par ailleurs, les forces de police sont absentes dans les villages du Nord laissant libre court à la violence de soldats maliens contre la population. Dans ces conditions le Président François Hollande peut-t-il respecté le « sacro-saint » calendrier, contenu des risques que cela comporte pour la paix.