Tag Archives: Russia

Ukraine: lenteur et inaction de l’UE

28 Fév

La révolte ukrainienne a illustré l’incapacité de l’Union Européenne à être unie autour d’une politique et à sortir de sa paralysie bureaucratique afin de régler un conflit frontalier meurtrier. En menant « une politique d’ouverture » vis-à-vis d

e Kiev, l’Europe « a fait ce qu’elle avait à faire pour répondre à l’aspiration d’une grande partie du peuple ukrainien à se rapprocher d’elle » justifie Alain Juppé, ancien ministre des Affaires Étrangères devant les accusations de lenteur de l’Union Européenne. Ses détracteurs ne partagent pas cet avis. Rachida Dati a déclaré à la télévision que les responsables ont « failli dans la diplomatie européenne ». Quand on est président de la Commission européenne « on ne fait pas que déplorer, on agit ». L’Ukraine semble être devenue un catalyseur de la difficulté de l’Union Européenne à régler les conflits aux frontières. L’Europe a attendu près d’une soixantaine de morts pour réagir. La révolte des Ukrainiens n’est pas la première crise que l’Europe a eu du mal à régler.

 

A Kiev (Ukraine), des manifestants pro-européens réclament la signature d'un accord d'association avec l'Union européenne. (SERGEI SUPINSKY / AFP)

A Kiev (Ukraine), des manifestants pro-européens réclament la signature d’un accord d’association avec l’Union européenne. (SERGEI SUPINSKY / AFP)

Origines du conflit

La crise ukrainienne a débuté fin novembre, suite au refus du président ukrainien Viktor Ianoukovitch de signer un accord d’association avec l’Union Européenne. Des pro-européens ont commencé par manifester pacifiquement pour la démission du gouvernement corrompu. L’Union Européenne représentait une alternative pour se protéger du pouvoir, de ses lois liberticides et de l’influence de la Russie. Cependant, à Kiev, sur la place de l’indépendance, les manifestations se sont durcies. Le président a fait appel aux Berkouts, les redoutables troupes antiémeutes, pour maîtriser les opposants. Fin janvier, des images d’opposants kidnappés et torturés ont choqué l’opinion publique. Le mardi 18 février la situation dégénère, vingt-six morts sont à déplorer. Le 20 février, les tirs à balles réelles des troupes gouvernementales ont fait une soixantaine de morts. L’Ouest de l’Ukraine s’enflamme à son tour, des policiers doivent se rendre aux émeutiers, usés par la corruption qui sévit dans le pays et la connivence entre le président et Vladimir Poutine.

« L’Europe s’est réveillée trop tard »

Il a fallu un peu plus de deux mois pour que l’Union Européenne porte secours aux Ukrainiens. « Avec des scènes de guerre aux frontières de l’Union Européenne, la donne a changé, nous ne sommes plus dans un jeu diplomatique classique » a déclaré le Quai d’Orsay en février. Or le problème est là, l’Europe a attendu qu’une guerre civile éclate pour se réveiller. Aucun responsable européen n’est monté au créneau quand la situation en Ukraine a commencé à dégénérer. Il a fallu attendre la réaction de plusieurs chefs d’État pour que la machine bureaucratique européenne se mette en marche. La Haute Représentante Catherine Ashton a passé le plus clair de son temps à tenter de coordonner les positions divergentes des pays européens sur les sanctions à adopter pour faire plier Viktor Ianoukovitch. Par ailleurs, Catherine Ashton a embrouillé un peu plus la situation en proposant une aide financière alors que le pays est profondément corrompu. Quand le sang a coulé sur la place Maïdan à Kiev, l’Union Européenne a continué à tergiverser alors que le processus de sanctions contre les dirigeants internationaux prend généralement beaucoup de temps. Certains pays comme la Bulgarie, Chypre ou la Grèce,  traditionnellement plus proches de la Russie, se sont montrés plus réticents à sanctionner un allié de Poutine. Or les sanctions se décident à l’unanimité. La complexité bureaucratique a une fois de plus freiné une action réelle et imminente. Avec les nouveaux médias, la crise ukrainienne a évolué sous les yeux des populations européennes. Parallèlement, l’Union Européenne semblait sclérosée. Les organes, créés il y a plusieurs décennies, semblent ne pas suivre le rythme. Les sanctions sont lentes à se mettre en place et sans actions réelles sur les populations en pleine guerre. La voix du Parlement, organe démocratique, élu par le peuple, a été inaudible pendant la crise ukrainienne. A l’aube des élections européennes, boudées par les populations, l’Ukraine n’a rien arrangé. Cette guerre civile, aux portes de l’Europe, a prouvé une fois de plus que les Vingt-huit ne sont pas unis et incapables d’agir de concert pour résoudre rapidement les conflits frontaliers. « L’Europe s’est réveillée trop tard » a déclaré Bruno LeMaire. Il a fallu attendre la mi-février pour qu’un Triangle de Weimar, les ministres des Affaires étrangères français Laurent Fabius, allemand Franck Walter Steinmeier et polonais Radoslaw Sikonski se rendent sur place pour tenter de mettre fin au bain de sang.

Rwanda, Kosovo

Non content de ne pas avoir anticipé le refus du président ukrainien à signer l’accord d’association, l’Union n’a pas su rebondir ou accompagner le ras-le-bol de la population ukrainienne en développant une stratégie envers son voisin russe. Les négociations ont été laborieuses pour ne pas effleurer la susceptibilité russe. En effet, il n’y a eu aucune discussion sur le statut de la Russie depuis la fin de la Guerre Froide, adversaire ou partenaire. L’Union Européenne ne sait pas comment réagir face à ce pays. Vladimir Poutine en a profité pour agiter ce spectre de la Guerre Froide. Il a su jouer sur son potentiel de nuisance contre les Occidentaux en risquant de compliquer les choses sur d’autres dossiers comme la Syrie ou le nucléaire iranien. Faute de position européenne claire, Poutine a les mains libres pour mener à bien ses intérêts, ici garder l’Ukraine dans son giron. Si l’Union Européenne avait une stratégie définie, elle aurait été plus à même de gérer la crise en Ukraine. Si les Vingt-huit s’unissent (comme ça a été le cas au moment de la guerre en Géorgie en 2008) la Russie s’incline. Le Traité de Lisbonne n’a fait que compliquer les choses en accentuant la lourdeur de la bureaucratie. Il y a désormais quatre présidents de l’Union : le président du Conseil européen, le président de la Commission, le président du Parlement et le président du pays qui est à la tête de la présidence tournante. Pas d’unité, pas de leader pour définir une politique étrangère européenne. La crise ukrainienne n’est pas la première faute de l’Europe. Au Rwanda en 1993, au Kosovo en 1999, le vieux continent a attendu des massacres avant d’intervenir et n’est pas parvenu à se mettre d’accord sur la manière de procéder pour venir en aide aux populations. Au Kosovo par exemple, l’Union a dû faire appel à l’OTAN et aux États-Unis. Les dissensions des pays européens ne permettent pas de parler d’une seule voix malgré une Politique Étrangère de Sécurité Commune (1992).

Publicités

Intervention en Syrie : qui, quand, comment ?

7 Sep
G20

G20 (Photo credit: The Prime Minister’s Office)

Le G20, qui se tient actuellement en Russie, cristallise les divisions entre les pays sur une éventuelle intervention militaire contre le régime de Bachar al-Assad

 

Les États-Unis et la France, pays favorables à une intervention militaire sans mandat de l’ONU, veulent lancer des frappes aériennes en Syrie afin de sanctionner le dictateur pour avoir utilisé des armes chimiques contre sa population

 

 

Les résolutions de l’ONU étant bloquées par la Russie et la Chine, les États-Unis et la France se sont donnés pour missions d’intervenir militairement en Syrie avec ou sans mandat de l’Organisation des Nations Unies afin de stopper rapidement les attaques à l’arme chimique perpétrées par l’armée de Bachar al-Assad. Les populations et la communauté internationale sont fortement divisées sur la question, Washington et Paris semblent bien isolés.

Depuis les répressions sanglantes des manifestations de 2011, l’ONU a proposé trois résolutions bloquées par la Russie et la Chine par intérêts et par refus d’ingérence extérieures dans les affaires intérieures d’un pays. Il faut attendre le 21 août 2013 pour que l’éventualité d’une utilisation d’armes chimiques contre la population soit admise par la communauté internationale grâce aux images de victimes de frappes. La France et les États-Unis affirment avoir des preuves justifiant une intervention militaire imminente en Syrie pour protéger la population. Cependant, depuis l’utilisation de faux documents par les Américains affirmant que Saddam Hussein utilisait des armes de destruction massive, la communauté internationale préfère se fier aux conclusions du rapport de la mission de l’ONU envoyée sur place du 26 au 31 août. Le 31 août le revirement de Barack Obama souhaitant recevoir l’aval du Congrès américain avant toute intervention n’a pas fait changer d’avis le président français toujours déterminé à agir au plus vite. Mardi 4 septembre, François Hollande a déclaré que si le Congrès ne donnait pas son feu vert la France « prendrait ses responsabilités en soutenant l’opposition » syrienne.

Divisions sur la scène internationale

Le G20, établi en Russie, a montré l’isolement des États-Unis et de la France. Le président de la République française n’a d’ailleurs pas pu compter sur le soutien de ses homologues européens pour former une coalition afin d’intervenir militairement.  David Cameron a dû se ranger à l’avis du Parlement rejetant toute intervention militaire. L’Italie ne souhaite pas intervenir sans mandat de l’ONU. Angela Merkel a déclaré que l’Allemagne « ne s’associera en aucun cas à une action militaire » et que « cette guerre doit prendre fin et cela ne se fera que politiquement ». Le porte-parole de la délégation chinoise au G20, Qin Gang a également déclaré que « la situation actuelle montre que la solution politique est la seule voix », « les conclusions de l’enquête » de l’ONU sur l’usage d’armes chimiques « seront la base de la prochaine étape ». Herman Van Rompuy (président permanent du Conseil européen) et José Manuel Barroso (président de la Commission européenne) ont appelé à une solution politique pour mettre fin au conflit.

Les membres d’une hypothétique coalition se comptent sur les doigts de la main. La Turquie approuve une intervention militaire punitive contre la Syrie, même si l’on peut soupçonner la volonté du président Recep T. Erdogan de redorer son blason sur la scène internationale et de protéger ses frontières. Les Émirats Arabes, le Koweït et le Maroc sont prêts à fournir de l’aide tout comme la Croatie, le Danemark, la Grèce, la Lettonie, la Roumanie et Chypre.

Moyens militaires et stratégies de guerre

Si intervention il y a, il n’est pas question d’envoyer des troupes au sol ou de faire durer une présence internationale aux abords de la Syrie. Une campagne de frappes ponctuelles de quelques heures par jour viserait des cibles précises telles que des dépôts de munitions de l’armée, des infrastructures stratégiques comme des postes de commandement, des bases aériennes ou encore des dépôts de carburant. Le but étant de ne pas renverser le dictateur mais de lui faire subir un coup de semonce et de réduire ses forces de frappe.

En France, la Constitution stipule que le chef des armées, le président de la République a tous les droits en ce qui concerne la décision d’entrée en guerre. Le Parlement doit juste être informé des opérations en cours dans les trois jours. En revanche, il a la garde du budget de la Défense. Au États-Unis, le président a les mêmes pouvoirs décisionnaires. En revanche le Congrès peut obliger le président à faire revenir les troupes.

Depuis plusieurs mois, Washington positionne dans la région des missiles Tomahawks d’une portée de mille kilomètres, envoyés depuis des avions, des navires ou les bases du Golfe ou de Djibouti. Le Pentagone a renforcé ses moyens : en Mer Rouge se trouve la Vème flotte composée de deux porte-avions les plus modernes, l’USS Truman et Nimitz munis de quatre vingt dix chasseurs. En Méditerranée, cinq croiseurs lance-missiles ont été positionnés face à la Syrie contenant chacun cent cinquante Tomahawks, ainsi qu’un nombre inconnu de sous-marins d’attaque lanceurs d’engins.

Paris a dépêché des moyens d’écoute et de renseignement, des sous-marins d’attaque, des Rafales et des Mirages ainsi que la frégate ultramoderne Chevalier Paul assurant une protection du ciel et des sous-marins. Le porte-avion Charles de Gaulle se tiendrait en retrait, il pourrait rejoindre la région en trois jours. La France dispose de missiles de hautes précisions, SCALP-EG d’une portée de trois cent kilomètres. Les raids pourraient partir des bases françaises de Djibouti ou d’Abou Dhabi ou de la base de l’Otan en Turquie.

La décision du président américain d’attendre le 9 septembre que le Congrès se réunisse, peut lui donner du temps pour connaitre les conclusions des émissaires de l’ONU. Cette hypothèse lui permettrait de ne pas s’engager seul dans le conflit. Si l’ONU révélait l’utilisation d’armes chimiques, une résolution pourrait être adoptée et recevoir le soutien éventuel de pays occidentaux voire de la Russie et de la Chine. Cependant, cette hypothèse est loin de convaincre tous les spécialistes étant donné que beaucoup de pays veulent régler le conflit syrien de manière politique et non militaire. Quoi qu’il en soit, plus la communauté internationale attend pour intervenir, plus l’efficacité d’une attaque diminue et donne la possibilité à Bachar al-Assad de se préparer.

 

Russie : Poutine ou le pouvoir liberticide de la presse

9 Juil
Kommersant

Kommersant (Photo credit: Wikipedia)

Dans l’Oural, une journaliste risque 20 ans de prison pour avoir osé s’attaquer à l’élite locale

En Russie, la liberté de la presse se réduit comme une peau de chagrin. La presse écrite relativement épargnée par le monopole de l’Etat est en train de perdre du terrain. Les journaux sont rachetés par de grands groupes industriels à la tête desquels se trouvent des oligarques russes proches du président Vladimir Poutine. Les principales chaînes de télévision sont sous la coupe de l’Etat. La télévision étant quasiment toujours allumée dans les foyers russes, les gouvernements successifs ont rapidement compris que le contrôle de l’audiovisuel était un bon moyen de trier les informations diffusées à la population.

300 journalistes tués depuis 1991

Les meurtres et les menaces sont le prix à payer pour être un journaliste indépendant en Russie. Anna Politkoskaïa, journaliste pour Novaïa Gazeta, un des derniers bastions du journalisme indépendant, a été assassinée le 7 octobre 2006. Elle est la 22ème journaliste assassinée depuis l’arrivée de Vladimir Poutine au pouvoir et l’une des six victimes au sein de la rédaction du quotidien. La reporter couvrait la guerre en Tchétchénie, dénonçant les atrocités commises par l’armée et les manquements évidents aux Droits de l’Homme. Trois cents journalistes ont perdu la vie depuis la chute de l’URSS en 1991. Selon le rapport annuel de Reporter Sans Frontières (RSF), la Russie se place au 148ème rang du classement 2013 des pays qui respectent la liberté de la presse. Elle a perdu six places depuis l’année précédentes. Le retour de Poutine au pouvoir n’est surement pas étranger à ce nouveau classement. RSF dénonce dans ce nouveau rapport l’impunité des assassins de journalistes qui s’en sortent très facilement sans que jamais le nom des commanditaires ne soit dévoilé.

En tant qu’observateurs extérieurs, les journalistes étrangers ne peuvent que dénoncer le manque de liberté de la presse dans ce pays, les menaces et les meurtres dont sont victimes les journalistes qui osent s’attaquer au Kremlin. L’autocensure des journalistes s’est instaurée sans que Moscou n’intervienne, pour éviter tout problème avec le gouvernement, avec les gouverneurs des régions et pour garder son emploi dans un pays en crise. Un article qui dérange peut vous valoir la vie. Quant aux journalistes indépendants, ils ne sont soutenus que par une poignée de personnes. La population a tendance à se désintéresser du sort des journalistes, comme cela a été le cas pour Anna Politkoskaïa. Ses assassins ont été relâchés sans que cela provoque d’indignation de la part des Russes.

Ne tirez pas, je suis journaliste

Le dernier acte de malveillance envers un journaliste russe ne remonte qu’à quelques jours. Aksana Panova, journaliste pour le site Znak.com, situé dans la ville d’Ekaterinbourg, 3ème ville du pays, risque vingt ans de prison. Quatre chefs d’accusation pèsent sur elle dans son procès qui a débuté le 25 juin. La journaliste a choisi de dévoiler, via son site, les abjections des élites locales, mettant en cause des membres du gouvernement fédéral dans des affaires de corruption. Si elle est difficilement tolérée à Moscou, la liberté de la presse est tout simplement proscrite dans certaines régions. Dans cette ville d’Oural, les élites attendent des médias un soutien sans failles. Les actes odieux envers Aksana Panova ont commencé en septembre 2012. La journaliste un peu trop indépendante a d’abord été accusée de vol, entrainant une perquisition de choc à son domicile par des policiers encagoulés et une série d’intimidation auprès de ses proches. Enceinte à ce moment-là, Aksana Panova a fait une fausse couche. Depuis, les chefs d’inculpation ne cessent de pleuvoir : abus de pouvoir, chantage ou encore escroquerie à grande échelle. Selon la journaliste, le but de ces manœuvres est de sanctionner sa ligne éditoriale trop critique à l’égard du pouvoir. « Pas moins de vingt enquêteurs travaillent à temps plein sur mon cas. C’est du jamais-vu. Il leur a fallu seulement trois semaines pour boucler un volet de l’enquête qui aujourd’hui se compose de vingt-six tomes », explique-t-elle.

En mars 2012, juste après les élections présidentielles entachées de fraude, l’hebdomadaire Kommersant Vlast, une antenne du grand quotidien Kommersant, avait publié une photo d’un bulletin de vote où il était écrit « Poutine, va te faire foutre ». Le propriétaire du Kommersant Alicher Ousmanov, oligarque russe proche de Vladimir Poutine, a aussitôt licencié le rédacteur en chef Maksim Kovalski. Depuis, l’hebdomadaire se cantonne à l’actualité internationale, moins risquée à traiter que la politique intérieure.

Quelques bastions de la liberté de la presse perdurent en Russie. Novaïa Gazeta et The New Times sont les seuls médias de presse écrite à être encore indépendant. Malgré la mort de six de leurs collègues, dont celle d’une journaliste stagiaire de 25 ans, Anastassia Babourova en 2007, la rédaction de Novaïa Gazeta, poussée par la jeune génération, continue à croire en son indépendance face à un pouvoir toujours plus liberticide et à se battre pour donner une vision réaliste de la Russie. « Je suis réaliste, je comprends qu’en Russie les choses sont jouées pour les seize ans à venir au moins. Poutine et Medvedev vont se succéder sans rien lâcher du pouvoir. Mais moi je vis dans un cercle de gens qui pensent. Ce sont mille ou cent mille personnes peut-être en Russie, j’écris pour eux » a déclaré Arkadi Babtchenko, journaliste spécialisé de l’armée.

Un long chemin à parcourir

En Novembre 2010, Oleg Kachine, reporter pour le Kommersant a été passé à tabac devant chez lui. Il suivait des mouvements d’opposition, notamment dans le cadre de manifestations contre la construction d’une autoroute. Son cas a ému des journalistes scandalisés par cette violence, offrant une plus large couverture médiatique à cette nouvelle affaire qu’à celle d’Anna Politkoskaïa. Mais la liberté des journalistes indépendants est loin de s’améliorer. En 2012, Oleg Kachine a été renvoyé, jugé trop militant par son employeur.

Syrie : Pourquoi personne n’intervient ?

13 Mai

Avec 70 000 morts et 5 millions de déplacés, le conflit syrien s’enlise sans que les puissances occidentales n’interviennent pour stopper Bachar al-Assad

 

La guerre civile entre les rebelles syriens pro-démocratiques et les troupes de Bachar al-Assad fait état de plus de 70 000 morts depuis trois ans. La question qui se pose est de savoir pourquoi la communauté internationale n’envoie-t-elle pas des troupes comme elle a pu le faire en Libye.  La  Syrie est dirigée par Bachar al-Assad, membre d’une minorité musulmane, les alaouites. Le régime très peu démocratique est soutenu par la Russie, la Chine et l’Iran. Or les russes et les chinois, membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, s’opposent à l’adoption d’une résolution permettant une intervention militaire étrangère.

La situation est plus complexe qu’en Libye et plus risquée. Tout d’abord, le pays abrite le leader des mouvements terroristes palestiniens, le Hamas. La Syrie est alliée de l’Iran et du groupe islamo-terroriste libanais, le Hezbollah. Damas a donc le pouvoir de nuire et de déstabiliser toute la région. Par ailleurs, contrairement à Mouammar Kadhafi, le président syrien détient encore des soutiens internationaux. La Chine et la Russie s’opposent à l’ingérence de pays étrangers dans les affaires internes d’un autre. De plus, la Russie est un allié économique et militaire du régime. Moscou possède des bases sur le territoire syrien et livre des armes au gouvernement. Les deux pays avaient donné leur accord pour une petite intervention de protection des civils en Libye qui s’est très vite transformé à leur dépend en intervention internationale.

L’offensive en Libye reposait sur des bombardements aériens, ce qui présentait moins de risque pour les troupes occidentales et des dépenses moindres puisque les avions de chasse décollaient de bases ou de porte-avions à proximité du continent européen. La Syrie est plus loin que la Libye et mieux armée que celle-ci.  Bachar al-Assad possède des armes sophistiquées comme des missiles anti-aériens et des armes chimiques ainsi qu’une armée solide et fidèle.

La peur de l’islamisme

L’Europe, Israël et les Etats-Unis se plaignent du veto chinois et russe mais craignent les conséquences d’une intervention. Ils redoutent par-dessus tout le changement de régime. Celui de Bachar al-Assad semble moins terrible qu’un nouveau régime islamiste, propice aux terroristes, qui n’hésiterait pas à déclarer la guerre à l’Etat hébreux. De plus, s’il est de plus en plus contesté, le dictateur continue de bénéficier du soutien en interne de la minorité alaouite et des chrétiens qui redoutent également l’instauration d’un régime islamiste. Par ailleurs, les occidentaux redoutent un scénario comme celui de la Tunisie ou de l’Egypte où les partis islamistes ont pris le pouvoir par les urnes ou tentent de déstabiliser le gouvernement en place. En effet, tout comme dans ces pays, la rébellion syrienne est très peu organisée politiquement. Bien que se déclarant laïque, beaucoup de groupes islamiques la compose, soutenue par l’Arabie saoudite trop contente d’installer un régime allié obéissant à la charia  Cependant, plus le conflit s’enlise plus les islamistes radicaux s’implantent au sein de la population fatiguée de l’impuissance internationale.

D’autre part, si une intervention étrangère réussissait à faire tomber le régime de Bachar al-

English: SOCHI. With President of Syria Bashar...

English: SOCHI. With President of Syria Bashar al-Assad. Русский: СОЧИ, БОЧАРОВ РУЧЕЙ. С Президентом Сирии Башаром Асадом. (Photo credit: Wikipedia)

Assad, l’expérience en Irak et en Afghanistan a montré qu’une victoire ne signifiait pas la fin des problèmes. Tout comme dans ces pays, l’OTAN ou toute autre mission internationale devrait rester sur place pour plusieurs mois voire plusieurs années pour stabiliser la région. Cette éventualité est loin de faire l’unanimité auprès des occidentaux comme les Etats-Unis déjà embourbés dans plusieurs conflits. En somme, la communauté internationale, en guerre contre le terrorisme, semble ne plus avoir le choix entre la liberté des peuples et le combat contre les islamistes extrémistes.

Boris Berezovsky, un oligarque russe de plus retrouvé mort

3 Avr
Dispersing of demonstrators, teenager is carry...

Dispersing of demonstrators, teenager is carrying sign Berezovsky, we are with you!. Organizers of the rally have considered that this slogan was a provocation carried out by pro-government youth organizations. Новые подробности по Маршу несогласных (Photo credit: Wikipedia)

L’homme d’affaire au passé tumultueux est décède dans des circonstances inexpliquées

Boris Berezovsky, homme d’affaire et ancien politicien proche de Boris Eltsine a été retrouvé mort le 23 mars 2013 dans sa propriété d’Ascot dans le sud de l’Angleterre. Si Scotland Yard écarte la thèse criminelle, et privilégie celle du suicide par pendaison, de nombreuses incohérences subsistent et soulèvent des interrogations sur la mort de cet opposant à Vladimir Poutine. D’autant que ce décès s’ajoute à la longue liste des exilés russes retrouvés morts dans des circonstances plus que douteuses.

Boris Berezovsky, l’un des dissidents les plus virulents, n’a pas toujours été persona non grata à Moscou. Après l’effondrement de l’URSS, Boris Berezovsky devient la première fortune de Russie  en réalisant des fausses exportations de voitures. Il acquiert des parts dans de nombreuses entreprises d’Etat comme la chaîne ORT ou le quotidien Novaïa Gazeta grâce à ses relations avec le président Boris Eltsine. En 1999, il permet l’accession au pouvoir d’un agent du FSB (service secret russe chargé des questions de sécurité intérieur, principal successeur du KGB) inconnu du public, Vladimir Poutine. En permettant à Poutine d’accéder à la fonction de ministre, Berezovsky pense pouvoir bénéficier de passe-droits pour ses affaires comme au temps de Boris Eltsine. Mais il n’en est rien, le nouveau président part à la chasse à la corruption et ouvre des enquêtes pour fraude fiscale et collusion avec la mafia contre l’oligarchie russe. Dépossédé de nombreux biens et parts dans des entreprises russes, Boris Berezovsky s’exile en Grande Bretagne comme d’autres de ses concitoyens et devient l’un des critiques les plus virulents envers son ancien protégé.

Une mort inexpliquée

Plusieurs témoins le décrivaient comme dépressif, à la limite de la banqueroute et désireux de rentrer en Russie. Une lettre écrite par Berezovsky à Vladimir Poutine pour se faire pardonner et rentrer en Russie, irait dans ce sens. Mais pour ses proches la thèse du suicide ne tient pas. De même que l’existence de cette soi-disant lettre n’a jamais été prouvée.  Ce qui est certain c’est que les causes et les circonstances du décès divergent d’un média à l’autre : suicide par pendaison, crise cardiaque ou encore possibilité d’un empoisonnement. Comment croire à la thèse de la pendaison quand le corps est retrouvé étendu au sol et non pendu…

Un décès parmi tant d’autres

La présence sur la scène de crime d’enquêteurs scientifiques spécialisés dans les substances chimiques, nucléaires et biologiques rappelle étrangement la mort de son compatriote et ami Alexandre Litvinenko, empoisonné au polonium en 2006. Selon l’article de Sonia Delesalle-Stopler dans Libération (daté du 27 mars), Boris Karpichkov, ancien du KGB et réfugié à Londres, aurait confié aux journalistes du quotidien The Guardian, que les espions russes maîtrisaient à la perfection les poisons et autres substances indétectables à l’autopsie. En effet, la liste des réfugiés russes morts dans d’étranges conditions est longue, d’autant que plusieurs d’entre eux étaient des proches de Boris Berezovsky. En 2008, Badri Patarkatsishvili, ancien associé du dissident s’est brusquement effondré pendant qu’il faisait son jogging. L’enquête a conclu à une simple et banale crise cardiaque. Enfin en novembre 2012, Alexandre Perepilichnyy est retrouvé mort dans la rue, ses deux autopsies n’ont pu aboutir. La disparition de Boris Berezovsky, critique sans égal du président russe, n’est peut-être qu’une coïncidence, mais les décès suspects commencent à être nombreux.